CROSS-OVER – La très historique Salle Gaveau tient ses promesses de renouvellement, avec cette soirée Purcell, Queen, Haendel, ABBA. Aux commandes, l’Orchestre de Chambre de Toulouse, Manon Galy, Yohan Hennequin et un invité mystère, 100% toulousain…
Il suffisait d’un mot : CLASH. Pas seulement un clash musical (baroque vs pop, Purcell vs Queen), mais presque un clash sociologique : la Salle Gaveau se lance dans le cross-over. Résultat : une soirée inédite, rafraîchissante comme un vent d’ouest… ou plutôt, de sud-ouest ! Car malgré le pas de côté british annoncé (Purcell, Haendel, Beatles, ABBA – avec détour obligatoire par la Suède), les musiciens sont résolument toulousains. À l’exception de la Québécoise Rose Naggar-Tremblay, dont l’arrivée hasardeuse restera dans les annales.
Pause fraîcheur
L’ouverture semble prometteuse : la narration est confiée à Omar Hasan, ancien rugbyman argentin reconverti en chanteur, installé à Toulouse depuis 2004. Il raconte, il charme, il prononce impeccablement — le public adore. Puis, soudain : « On fait une pause de 20 minutes. » Déjà ? Les spectateurs se regardent, perplexes. Il est rare de voir qu’un entracte dure plus longtemps que le premier acte. Mais Gaveau innove, que voulez-vous.
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Le retour en salle n’est pas plus limpide : salle plongée dans le noir, public assis, attente de cinq minutes supplémentaires dont personne n’a su, à ce jour, trouver la raison.

Une violoniste lumineuse
Heureusement, une silhouette surgit au fond de la salle : une violoniste seule, tranchante, précise… Et dont les chaussures brillent plus que le visage. Moment poétique, involontairement disco — la première annonce discrète de l’ABBA qui viendra plus tard ?
Puis arrive Yohan Hennequin, batteur de Cats on Trees, détenteur officiel de la phrase la plus décontractée jamais prononcée à Gaveau : « Ça va les amis ? » La salle rit, tremble un peu, mais écoute. Son message : « Lâchez-vous, amusez-vous, soyez vivants. » Le public hésite, puis finit par obéir. Il répétera l’injonction plusieurs fois : et étonnamment, ça marche.
Purcell, Haendel, Britten, Elgar : tout le monde est là. Mais la soirée refuse de se prendre au sérieux. Les cordes se détendent, le public aussi, et la musique classique devient légère, accueillante, presque pop avant l’heure ! Même amplifiées, certaines sections conservent une qualité sonore rare pour un concert « hybride ». Comme si Gaveau avait décidé de garder son lustre acoustique, même en mode « We Will Rock You ».
Rose Naggar-Tremblay : fou rire général
Plus tard, la contralto québécoise entre… au mauvais moment. Elle éclate de rire, le public aussi : l’instant est déjà culte. Et pourtant, dès qu’elle chante : tout s’aligne. Une présence naturelle, une énergie irrésistible, un humour très québécois qui fait du bien.
Pop lights
Les lumières, elles, passent en mode concert pop : la salle s’illumine pour Eleanor Rigby des Beatles, puis pour les classiques d’ABBA, Gimme Gimme Gimme, avant un medley du groupe Police qui déclenche les premiers applaudissements en rythme, et un détour annoncé pour un hommage XXL à Queen : Bohemian Rhapsody, Don’t Stop Me Now, We Will Rock You, Another One Bites the Dust et à la fin du spectacle comme la cerise du gâteau : We Are The Champions.
Là, plus aucun doute : le public se lève, danse, éclaire la salle avec les téléphones, chante.
Gaveau transformée en mini Wembley. Les arrangements sans voix tiennent parfaitement la route : les cordes prennent le relais mélodique avec un naturel déconcertant.
Manon Galy : pompon sur la Garonne
Avant la fin, Manon Galy arrive. Charisme tranquille, virtuosité assumée : le Salut d’Amour d’Elgar rappelle qu’on est quand même dans une salle de musique classique.
Mais cette fois, l’ambiance est ouverte, joyeuse, prête à accueillir ce lyrisme-là.
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We Are The Champions : toute la salle chante ! Est-ce la première fois que Gaveau résonne d’un tel chœur spontané ? Une chose est sûre : ce n’est pas la dernière, si les CLASH continuent sur cette lancée !
Final explosif
Pour terminer, un bis attendu comme le dessert dans un repas de fête : Pump It, des Black Eyed Peas. Tout le monde saute, danse et rit dans un final qui résume parfaitement la soirée : un pont réussi entre deux mondes que tout oppose — et qui, finalement, fonctionnent très bien ensemble, pour une soirée hybride, joyeuse, un peu déjantée, franchement libératrice. La Salle Gaveau continue de se réinventer — et si ça doit passer par une Chaconne en sol mineur suivie de Pump It dansé, eh bien… vive l’Angleterre, vive Toulouse et vive le clash des styles !

