CHRONIQUE – La semaine dernière, la Saison musicale des Invalides dévoilait sa programmation 2026-2027 consacrée aux USA, et quelques jours plus tard, de l’autre côté de la Seine, le Conservatoire Rachmaninoff organisait un des concerts de sa saison musicale. Et si la culture était désormais le seul moyen de (ré)concilier deux Blocs ? Et si la France avait sa carte à jouer ? Et si on pouvait mettre Paris en bouteille tel un cocktail whisky-vodka mais purement spirituel ?
Le haut lieu des cérémonies officielles de la France, les Invalides et son Musée de l’Armée, se prépare ainsi à célébrer le 4 juillet prochain et au long de sa saison musicale les 250 ans de la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique qu’elle a tant inspirée (par l’esprit des Lumières) et encouragée y compris par les armes : allez parler de La Fayette aux États-Uniens, ils ne penseront pas aux galeries commerciales… Enfin, pas tous.
Et s’il reste à espérer qu’un jour l’amitié franco-américaine revienne for real, et for sure… il nous reste la concorde qu’offre la culture, la musique.
Et s’il reste à espérer qu’un jour l’amitié franco-russe revienne, oui da !… il nous reste la concorde qu’offre la culture, la musique.
Et qu’est-ce qui fait le lien entre ces deux mondes, ce bloc de l’Est et de l’Ouest, réunis sur les deux rives de cette ville-lumière qu’est Paris ?
Qui est-ce qui fait ce lien plutôt ? Des personnes comme Christine Dana-Helfrich, qui l’été dernier a franchi la Seine d’un bond agile comme on devrait pouvoir le faire par-dessus tous les rideaux de fer, littéraux ou symboliques.
Après plus de 30 saisons musicales programmées pour le musée de l’Armée des Invalides, elle est passée à la Coordination artistique pour le Conservatoire Rachmaninoff de Paris, sis Avenue de New York (ça ne s’invente pas).
En ces temps où les blocs débloquent, elle mériterait un titre honorifique d’ambassadrice de culture tant la chaleur de son accueil et de ses fameux discours de présentation des concerts et artistes ont tout d’une Glasnost.
Une même semaine à Paris, nous avons ainsi fait le voyage des Appalaches de Copland à la Sibérie, de Berezina à Austerlitz. Dans le grand salon des Invalides, David Lively (qui porte bien son nom) donnait un avant-goût de son concert d’octobre prochain, d’une interprétation vive et très pensée, sur les rebonds de Maple Leaf Rag comme dans les élans du siècle à venir.
Dans celui du Conservatoire Rachmaninoff, Isabelle Dabek offrait la souplesse voyageuse de la flûte, que l’amplitude élève en instrument soliste et conteur à lui seul, en l’occurrence sur l’emportement dansant et accentué de Jasmina Kulaglich au piano.
Voilà ce que peut proposer une petite semaine d’exploration musicale à Paris : un monde entier, un parcours un destin pluriel… Et autant de thématiques en fils rouges à sans cesse retisser : à l’image des expositions du Musée de l’Armée qui résonnent aussi avec sa programmation musicale. Les Explorations, en ce moment et jusqu’au 16 août, les tournois la saison prochaine (sur le terrain culturel où tout devrait se régler, comme du papier à musique). Et résonnent encore les souvenirs de thèmes programmés par Christine Dana-Helfrich, alliant Exil et Résistance, dans l’Esprit de Locarno (de concorde et d’amitié entre les peuples), des programmes comme celui intitulé « Requiem pour la paix »…
Le Conservatoire fondé à Paris par Rachmaninoff et des compatriotes au génie musical historique, propriété de la Ville de Paris depuis 1987, repris et rénové par Arnaud Frilley en 2020 en connaît lui aussi quelque chose, lui qui a ouvert les portes de ses cours à des enfants ukrainiens réfugiés en France.
Les lieux et les institutions en conservent la mémoire si et seulement si de grandes femmes et de grands hommes la nourrissent. Christine Dana-Helfrich a transmis l’impérieux bâton de la saison musicale des Invalides à Guillaume Lecoester avec Tout un monde lointain, qu’il continue à son tour de rapprocher et de réunir, dans un panorama prêt à traverser l’Atlantique comme l’Oural, qui sait…, et auquel il sait déjà ajouter une couleur jazz et une ouverture aux jeunes publics.
Reste à souhaiter que tout cela perdure.
La culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié, dit-on.
La culture c’est surtout ce qui résiste quand on a tout détruit.
Photo de Une : Tombeau de Napoléon au Dôme des Invalides et Conservatoire Serge-Rachmaninoff de Paris CC BY-SA Thesupermat / Polymagou

