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L’épouvantable Triptych de Peeping Tom

DANSE – À Garnier, la compagnie Peeping Tom s’invite pour donner un nouveau souffle à la danse-théâtre en présentant Triptych. Retour sur une soirée à l’ambiance d’un film d’horreur.

Peeping Tom : késako ?
Le duo de metteurs en scène Gabriella Carrizo / Franck Chartier ©Jesse Willems

La compagnie belge est fondée en 2000 par Gabriela Carrizo et Franck Chartier. S’ils sont tous deux danseurs de formation, ils se tournent très vite vers la mise en scène plus que vers la chorégraphie. Peeping Tom signifiant “voyeur” en dit long sur leur conception du spectacle. Le public devient voyeur et observe la vie de personnages tourmentés. Chez Peeping Tom, les danseurs sont co-créateurs, les séances d’improvisation en studio permettent de proposer ces personnages singuliers et emprunts de réalisme.

Triptych : een, twee, drie !

Gabriela Carrizo crée en 2013 The missing door au Nederlands Dans Theater. Trois ans plus tard, Franck Chartier propose une suite pour la même troupe : The lost room. En 2017 il clôt la trilogie avec The hidden floor. Au fil de ces pièces, la force dramatique s’amplifie, accentuant l’effet glauque. La première a lieu dans le hall du bateau, la seconde dans une cabine et la troisième au restaurant abandonné du paquebot. Le spectateur assiste impuissant à la folie des personnages dans ce huis clos.

Teaser du spectacle

Danse-Théâtre, dans les pas de Pina Bausch

Les deux créateurs qualifient leurs pièces de “tanztheater”, terme popularisé par Pina Bausch. Ce n’est pas de la danse et du théâtre dans une même performance mais bien de la danse-théâtre : les mouvements sont porteurs d’une théâtralité. La danse s’exprime d’elle-même, elle n’a pas besoin de mots. Les performeurs ne parlent pas ou très peu, les seuls sons qui émanent d’eux sont des cris ou des onomatopées du quotidien. Cela nécessite des interprètes qu’ils soient à la fois de brillants danseurs et de grands acteurs ce qui était le cas ce soir !

Drôle de Pietà ©Virginia Rota
Premier coup de théâtre ?

Avant même le début de la représentation, l’atmosphère de Garnier semble différente. Une voix off nous annonce le spectacle et nous prévient que le changement de décors pendant l’entracte se fera à vue. Les lumières s’éteignent, la sirène d’un bateau retentit et le rideau se lève. Il ne se passe rien, la scène reste dans l’obscurité, le rideau se referme, quelques rires, les lumières se rallument un peu, quelques applaudissements… La voix off nous indique qu’il y a un problème technique et que la représentation va reprendre. Un murmure parcourt le public : est ce vrai ou est ce intégré au spectacle ?

Et… Action !

La scène est toujours pleine d’action, le public est sursollicité. A lui de choisir ce qu’il veut regarder. Les actions d’arrière-plan ne sont pas secondaires, ni dans l’esthétisme ni dans la dramaturgie. Les corps, les décors et les sons sont en connexion permanente. Lorsque la femme assise sur le fauteuil lève ou baisse sa jambe, cela fait ouvrir ou fermer les portes avec un son grincant.

Action, réaction ©Virginia Rota
Des rires à la peur

Si l’on rit quelquefois, ce n’est pas une volonté des chorégraphes, mais bien le résultat de l’exposition de situations absurdes de la vie. Très vite, les sourires de la première pièce laissent place à la peur. La femme devient folle dans la deuxième pièce quand on lui retire son bébé. Lorsqu’elle ouvre les portes pour le retrouver, les couloirs et le balcon se sont transformés en dressing d’où sortent même des cadavres. On regrette l’image misogyne de la femme hystérique face à des hommes raisonnables. Puis viennent les coups de tonnerre, la foudre et la tempête qui plongent les interprètes dans une transe. On pourrait presque ressentir nous aussi le tourbillon si la fosse d’orchestre ne nous éloignait pas tant.

Ambiance, ambiance…

Ce qui marque particulièrement dans ce triptyque est l’ambiance qui y règne. Une tension permanente est palpable, comme dans les films de Hitchcock. Dans la seconde pièce l’ambiance est alourdie, les personnages sautent pour disparaître par le balcon. La folie les guette. Dans la troisième pièce, la folie atteint son paroxysme lorsque les personnages vivent leurs derniers instants avant le naufrage inévitable. Parfois, on perd un peu le fil des événements, nos repères se brouillent face à tant d’interprétations possibles : s’agit-il de la réalité ou d’un souvenir déformé ?


Le changement de décor à vue permet une douce transition entre les pièces pour ne pas couper la tension montante. Si cette mise en place nous rappelle forcément l’installation de la terre pour le Sacre du printemps de Pina Bausch, ici les comédiens côtoient les techniciens. Non pas pour faire diversion mais justement parce que l’installation fait partie du spectacle.

Effet cinématographique

Pour produire cette ambiance, les metteurs en scène ont recours à des effets spéciaux qui permettent une tête agissant sans lien avec le corps, ou un corps avec un visage posé à l’envers. Le public ne traque pas l’explication de ces phénomènes car ils ne sont que des moyens au service de l’ambiance. L’effet lugubre provient aussi des décors modulables qui se modifient sans qu’on ne les voit. Chaque fois qu’une porte s’ouvre c’est la surprise !

On perd la tête ©Virginia Rota
Des images gravées

Si l’on retient particulièrement l’ambiance pour son originalité, la danse n’est pas en reste et nous offre des moments d’une grande beauté. Dès le début, la danse virevoltante de l’homme qui nettoie le sang sur le sol donne le la. Lorsque les deux amants se lancent dans un duo acrobatique sur un des rares moments de musique, le temps se fige, on plonge dans l’intimité de ce couple, comme des voyeurs. Les qualités techniques des danseurs sont frappantes sans jamais être démonstratives.

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Retour à la réalité

Si lors de la première slave d’applaudissements on sent encore les interprètes dans leurs personnages, leur joie explose rapidement lors de la standing ovation. Si l’on se réjouit d’avoir découvert cette proposition grâce à l’Opéra de Paris, on peut tout de même se questionner sur le lieu de représentation. Même du parterre, on sort les jumelles pour traverser la fosse qui nous prive de certains détails. Comment plonger dans l’ambiance depuis l’amphithéâtre ou en ne voyant qu’une partie de la scène ? La compagnie invitée danse sur une musique enregistrée, une avancée recouvrant l’orchestre aurait été souhaitable. Ou aurait-ce été l’occasion de programmer ce spectacle hors les murs ?

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