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Molière au TCE : un truc de malade !

THÉÂTRE – Quand les acteurs du Français se téléportent au Théâtre des Champs-Élysées pour les fêtes de fin d’année, un vent de légèreté et de fraîcheur souffle dans la salle. Trentième et dernière pièce de Molière, Le Malade Imaginaire (comprenez « L’hypocondriaque ») est souvent considéré comme son ultime testament. Cette mise en scène est celle du regretté Claude Stratz, accompagné de la musique de Marc-Olivier Dupin. Vingt années ont passées et cette création n’a pas pris une ride. Elle est toujours aussi poilante, avec le magistral Guillaume Gallienne qui reprend le rôle-titre. 

Le cas Argan – un cas d’école

La salle est pleine d’enfants, fêtes de Noël obligent. Le rideau se lève, et on découvre Argan seul dans sa chambre assis avec une tenue de malade. Il dialogue avec lui-même pour ses comptes d’apothicaires sur les traitements plus farfelus les uns que les autres qu’il a subis le mois passé. Il constitue le cas de la pièce : un patient atteint de folie monomaniaque, abusé par des médecins ignorants et sans scrupules. Quand on est aussi hypocondriaque que lui, on a qu’une idée en tête : pousser sa fille Angélique dans les bras d’un médecin. Mais sa fille est déjà amoureuse du beau Cléante…

Cette pièce de Molière a une saveur particulière car c’est sa dernière, ultime testament d’un homme qui sent que sa mort est imminente. En effet, il mourut quasiment sur scène des suites d’une maladie pulmonaire à l’issu de la quatrième représentation du Malade Imaginaire. Molière aura décidé de faire rire son public jusqu’au bout et prendra pour thématique principale de rire sur la mort : Argan a peur de mourir, sa fille Angélique songe à se suicider si elle n’épouse pas Cléante, sa deuxième fille Louison fait la morte pour échapper à une correction et Argan fait ensuite semblant d’être mort pour connaître les vrais sentiments de sa femme Béline et de sa fille Angélique à son égard. D’une grande lucidité, Molière interroge sur la peur de la mort et sur le charlatanisme des médecins de l’époque, bien incapables de guérir leurs patients : une pièce complotiste avant l’heure ?

© Christophe Raynaud de Lage
Totale Molière

Le Malade imaginaire est aussi la comédie-ballet la plus aboutie de Molière qui mêla les trois arts que sont le théâtre, la musique et la danse. Côté musique c’est un défi relevé haut la main par Marc-Olivier Dupin en 2001 qui compile une musique vocale façon XVIIe siècle italien, sous l’influence de la Commedia dell’arte. Sur scène, trois chanteurs déguisés en Polichinelles (la soprano Elodie Fonnard, le baryton Jean-Jacques L’Anthoën et le ténor Jérôme Billy) sont accompagnés de Jorris Sauquet au clavecin et Marion Martineau à la viole de gambe. Le clou du spectacle est sans aucun doute la cérémonie burlesque des médecins et l’intronisation d’Argan qui clôture la pièce, même si le texte semble incompréhensible, la scène reste néanmoins puissante et comique avec un vent mystique grâce à la musique et au chant. On a l’impression d’assister à une scène de secte, avec les personnages masqués de la Commedia dell’arte.

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Clair-obscur

La mise en scène de Claude Stratz a plus de vingt ans et connaît toujours un énorme succès. Créée en 2001, elle compte plus de 500 représentations à son actif et est devenue l’un des spectacles intemporels de la Comédie Française. Totalement épurée, elle consiste en une grande pièce aux murs défraichis aves des colonnes en trompe-l’œil. Au milieu trône la chaise roulante d’Argan. L’éclairage en clair-obscur souligne que la mort n’est jamais bien loin, même si le rire est de mise. Et Argan, le teint blanc, habillé en blouse blanche de patient geint comme un pauvre bébé. Bref, une scénographie efficace qui plante le décor. 

Argan et les huiles du Français
© Christophe Raynaud de Lage

La distribution de la Comédie Française est impeccable et permet à la fois de retranscrire le comique mais aussi la noirceur de la pièce. Argan est magistralement interprété par Guillaume Gallienne, qui joue un hypocondriaque aux petits oignons avec ses moments de souffrances à peine exagérés et de candeur enfantine. Jamais dans l’excès, il fait d’Argan un personnage très attachant. Il est entouré d’une belle brochette de collègues : Julie Sicard (Toinette) hilarante quand elle se grime en médecin, Alain Lenglet (Béralde, frère d’Argan), poilant en vieux renard fêtard qui donne des leçons de vie, Coraly Zahonero (Béline, la femme d’Argan) à la fois maline et maternelle. Le couple Angélique / Cléante interprété par Elissa Alloula et le magnifique Christophe Montenez fonctionne plutôt bien. Les deux n’hésitent pas à en faire un couple passionné avec une scène d’improvisation de chant plutôt réussie. Et puis il y a Christian Hecq en Monsieur Diafoirus et Monsieur Purgon, la star du Français, toujours aussi poilant. Accompagné de son fils (Clément Bresson), chacune de ses apparitions entraîne des fous rires dans le public. 

Nous avons eu beaucoup de plaisir à redécouvrir cette pièce impérissable au Théâtre des Champs-Élysées. Quelques siècles plus tard, Molière nous fait toujours autant rire. Même si, à l’heure des théories du complot, le rire se teinte de jaune…

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