AccueilA la UneQuand Saint-Saëns s’invite chez Fauré avec une trompette !

Quand Saint-Saëns s’invite chez Fauré avec une trompette !

CONCERT – Pour commémorer le centenaire de la mort de Gabriel Fauré, des musiciens de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris proposent un concert de musique de chambre à l’Auditorium Olivier Messiaen de l’Opéra Bastille.

Au programme : un Septuor facétieux de Camille Saint-Saëns et des mélodies touchantes de Lili Boulanger, célébrant à la fois le professeur et l’élève, avec en point d’orgue le Quintette avec piano n°1 de Gabriel Fauré.

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Boulanger : la fraîcheur du matin, la gravité du soir

Le concert s’ouvre avec deux pièces en trio de Lili Boulanger, jeune élève prodige de Fauré. Sous les doigts de Marc Desjardins au violon, accompagnée de Ryoko Hisayama au piano et Yoori Lee au violoncelle, D’un matin de printemps et D’un soir triste se déploient tout en douceur et retenue. Si la pianiste apporte parfois un peu trop de présence, ses harmonies modales trouvent un bel équilibre, enrichissant le dialogue avec les cordes. Le violoncelle livre des phrases soignées, un peu trop maîtrisées pour oser l’audace. Néanmoins, la musique prend vie dans une atmosphère délicate, suspendue entre légèreté et mélancolie.

Saint-Saëns trompette : une amicale boutade

Changement de plateau avec Camille Saint-Saëns, qui surprend par son Septuor avec trompette. Cédant à la pressante commande de son ami Emile Lemoine, le compositeur fait dialoguer l’élégance des cordes avec la brillante et noble trompette, ce soir jouée par Robin Bertoncini. L’alliance, inhabituelle, fonctionne à plein : la trompette, subtile, s’intègre aux cordes avec finesse. Le second mouvement Menuet, notamment, charme par ses phrasés délicats. L’œuvre, d’un style tout à fait néoclassique, surprend néanmoins par la richesse de ses effets d’unisson et de fugato. L’ensemble, malgré une complicité timide sans pour autant faire défaut d’homogénéité, rend ce défi musical aussi sérieux que jubilatoire.

Fauré : entre souffle aquatique et mélodies chantantes

Le programme culmine sur le Quintette avec piano n°1 de Gabriel Fauré, véritable hommage à son talent de mélodiste. Le premier mouvement, qui lui donna tant de fil à retordre, est ici interprété avec une grâce éthérée. Les musiciens, portés par un piano délicatement conduit (Ryoko Hisayama), parviennent à insuffler une fluidité presque aquatique à l’accompagnement, tandis que les mélodies se déploient avec naturel au quatuor à cordes. Ainsi, la musique de Fauré respire-t-elle et se fait-elle poésie.

Marcel Proust ou Eugène Ysaÿe avaient bien cerné l’essence de cette œuvre, la qualifiant de pure et d’enivrante, clôturant ainsi la soirée en beauté et recueillant de chaleureux applaudissements.

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