DISQUE – Jérémie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie font paraître chez Alpha Classics une nouvelle version de la Missa Solemnis de Beethoven, portée par l’Audi Jugendchorakademie et un quatuor de solistes remarquable. Une lecture qui marque par son originalité et son authenticité, libérée du caractère écrasant de l’œuvre.
Chez Alpha Classics, Jérémie Rhorer et le Cercle de l’Harmonie enregistrent une Missa Solemnis de Beethoven comme allégée du poids qui pèse habituellement sur ses épaules : celui d’une œuvre immense, écrasante, testamentaire, qu’on n’aborderait qu’au terme d’une ascension rude et longuement mûrie.
De la grand-messe à la messe basse
La Missa Solemnis est bien un sommet de la musique sacrée, qui surprend à chaque nouvelle écoute par la complexité de son écriture chorale et la difficulté de certaines pages solistes, extrêmement exigeantes vocalement. Elle demande aussi une vision d’ensemble très vaste, qui soit à la fois cohérente et perméable aux nombreux changements d’atmosphère et d’écriture, qui sont autant d’obstacles pour l’interprète. Mais Jérémie Rhorer ne l’aborde pas de l’extérieur, en lui apposant une lecture abstraite : il l’aborde sous le prisme de l’intériorité, du sentiment – du récit également, le « Credo » dépassant sa vocation liturgique pour acquérir une dimension dramatique. Solennelle par ses proportions, mais sentimentale (au sens noble du terme) par son expression.
Des chanteurs à leur office
Sentimentale peut-être, mais pas une partie de plaisir pour le chœur, et notamment le pupitre de soprano : car avec sa tessiture très tendue – et malgré le diapason choisi par Rhorer – la partition ne lui accorde aucun répit. L’Audi Jugendchorakademie, composée de jeunes chanteurs, possède un son toujours clair, mais qui trouve un équilibre avec les musiciens du Cercle de l’Harmonie. On a connu au disque des chœurs plus denses, avec davantage de matière et de richesse sonore, avec une diction plus percutante aussi ; mais l’Audi Jugendchorakademie est intelligemment conduite par Jérémie Rhorer, qui utilise la pureté du son au profit de sa lecture de l’œuvre.
Le quatuor de solistes, composé de Chen Reiss, Varduhi Abrahamyan, Daniel Behle et Tareq Nazmi est quant à lui assez idéal : par la complémentarité des timbres, les qualités vocales, mais surtout par ce mouvement continu vers plus d’intériorité, jusqu’au magnifique « Benedictus » qui, après les grands contrastes tragiques et la profondeur des pages précédentes, arrive à un niveau d’intimité et de lyrisme formidable.
Messe sans ordinaire
La réussite de cet album réside sans aucun doute dans ce grand voyage intérieur et méditatif proposé par Le Cercle de l’Harmonie – moins une liturgie qu’un recueillement, moins d’effets que de sentiment. Si le chef s’en donne à cœur joie dans les contrastes expressifs et les pages dramatiques de la partition, telles que l’ « Et incarnatus est », il n’y a pas chez lui de surenchère : quand bien même il choisit des tempi étonnamment vifs, et prend même à toute allure la fugue finale du « Gloria », cela semble le fruit spontané de l’enthousiasme. Les musiciens du Cercle de l’Harmonie le secondent parfaitement dans cette quête d’authenticité – on n’ose dire de simplicité tant la partition est riche et complexe – et trouvent une juste proportion entre l’homogénéité du son d’ensemble et les coups d’éclat de certains pupitres.
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Un enregistrement qui a donc de quoi s’imposer dans la discographie par l’intelligence de sa lecture, et par sa manière de ramener l’œuvre à sa dimension intime, intérieure, personnelle : « Venue du cœur, puisse-t-elle atteindre aussi le cœur ! » écrivait Beethoven.
Pourquoi on aime ?
- Pour le vent de nouveauté que Jérémie Rhorer fait souffler sur la discographie de la Missa Solemnis
- Pour le quatuor de solistes, qui aborde la partition avec la même expressivité qu’une œuvre dramatique
- Pour le génie expressif de Beethoven, qui surgit à chaque page
C’est pour qui ?
- Pour les amoureux du répertoire choral
- Pour les amateurs de l’interprétation sur instruments anciens, qui y trouveront une Missa Solemnis à leur goût

