DISQUE – Florent Albrecht redonne les Fantaisies de Mozart sur un pianoforte d’époque (Baumbach 1780) pour le Label Triton, révélant à nouveau l’audace d’un compositeur tiraillé entre rigueur et invention.
Mozart, improvisateur prodige, savait pourtant composer avec une étonnante rigueur. Ses Fantaisies, formes libres souvent inachevées ou restées marginales, témoignent elles aussi d’un geste créatif hors normes, remettant en question la solidité de la forme classique. C’est dans cet espace mouvant, entre liberté et structure, que s’inscrit le programme du pianiste Florent Albrecht : « Fantasie fa mineur inédite, Modulierendes Präludium KV 624, Fantaisie/Prélude et fugue KV 624, Fantaisie KV 475, Capriccio / Preambulum KV 395, Fantaisie KV 396, Fantaisie KV 608, Fantaisie KV 397 ».
Un piano-forte qui parle
Dès les premières mesures de la Fantaisie en fa mineur (reconstruite par l’instrumentiste), on est happé par le timbre du piano-forte Baumbach de 1780 : des basses profondes, des aigus perlés, une résonance chaleureuse qui vibre dans l’acoustique boisée de l’auditorium du Conservatoire de Clamart. Ce clavier, ayant appartenu à l’abbé de Vermond — précepteur puis confesseur de Marie-Antoinette —, semble chargé d’histoire. Loin d’un son désuet, il offre au contraire des harmoniques pleines de tension, évoquant un piano ancien que l’on n’a pas oublié mais qu’on redécouvre avec émerveillement.
Théâtral mais jamais bavard
Florent Albrecht séduit par son jeu contrasté, tout en retenue expressive. Dans la célèbre Fantaisie KV 475 en ut mineur, il injecte une théâtralité maîtrisée, faite de nuances abruptes mais toujours élégantes. Dans le Prélude et Fugue, le phrasé est fluide, respiré, la fugue conduite avec souplesse et fermeté, sans raideur. La Fantaisie KV 608, transcrite pour piano à deux mains par Clementi, révèle une structure subtile, rendant hommage à la densité harmonique tout en laissant transparaître une tendresse délicate. Loin de l’exercice de style, son interprétation explore toutes les facettes d’un Mozart malicieux, profond, parfois ironique mais jamais cynique.
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Entre choix musicologiques éclairés et goût du risque, Florent Albrecht compose un disque fidèle à l’esprit mozartien : libre, joueur, minutieusement articulé. Une redécouverte bienvenue d’un répertoire souvent relégué aux marges.
Pourquoi on aime ?
- Pour l’élégance du piano-forte, ni poussiéreux ni prétentieux.
- Pour l’exploration d’un Mozart intime, loin des clichés.
C’est pour qui ?
- Pour ceux qui aiment entendre autrement ce qu’ils croient connaître.
- Pour les oreilles sensibles à la poésie des timbres anciens.

