OPÉRA – Œuvre intensément politique et idéaliste, Fidelio est l’unique incursion dans le théâtre lyrique de Beethoven. À l’Opéra National de Bordeaux, la metteuse en scène Valentina Carrasco plonge ce drame de la liberté face à l’arbitraire de l’Ancien Régime dans la France occupée par les nazis pendant la seconde guerre mondiale, esquissant de multiples analogies entre ces deux époques troubles.
Fidelio de Beethoven est un opéra sur la liberté menacée, l’émancipation et le sens du devoir, porté par les idées des Lumières – l’Aufklärung – et l’élan de la Révolution française de 1789. Pour libérer son mari Florestan emprisonné par l’infâme tyran Don Pizarro, Léonore se travestit en Fidelio et devient l’homme à tout faire du geôlier Rocco. La metteuse en scène Valentina Carrasco choisit de transposer l’action de ce drame politique pendant l’occupation allemande de la France en 1939-1945. Cette nouvelle production étant créée à l’Opéra de Bordeaux, l’action se passe opportunément pendant l’occupation dans la métropole girondine. Des photos de différents lieux bordelais sous le joug nazi sont ainsi à certains moments clés projetées en arrière-plan tandis que se déroule l’action.
À Lire également : Fidelio à l’Opéra Comique - intemporel
Chemises brunes à tous les étages
Marceline – Polina Shabunina toute en vivacité primesautière – fille du gardien de prison vichysso-nazi Rocco – Paul Gay, vieux briscard efficace dans ce rôle qu’il connaît bien – est courtisée par le nazi Jaquino – Kévin Amiel, en petite frappe plus vraie que nature. Mais Marceline tourne ses regards vers Fidelio – magnifique Jacquelyn Wagner tout en sensibilité – homme à tout faire de son père, ignorant que ce brave garçon serviable s’avère en fait une femme amoureuse déguisée cherchant à libérer Florestan – Jamez McCorkle tout en sensibilité d’écorché vif – son résistant de mari des griffes de la Gestapo. Pizarro – Szymon Mechliński convaincant en caricature de grand méchant cruel et retors – gouverneur de la prison dans le livret beethovenien, ici officier allemand fanatique, veut supprimer Florestan avant l’arrivée du ministre, tandis que la guerre bat son plein. Fidelio passe alors à l’action, tentant le tout pour le tout.

L’armée des ombres
Approfondissant sa transposition historique, Valentina Carrasco s’inspire de l’évasion rocambolesque du résistant Raymond Aubrac organisée par sa femme Lucie Aubrac, voyant par analogie dans le couple Léonore alias Fidelio et Florestan une préfiguration du couple Aubrac. Des similitudes existent bel et bien entre Fidelio et cet épisode fameux de la résistance, notamment entre la rencontre de Lucie Aubrac avec Klaus Barbie pour plaider la cause de son mari arrêté puis l’évasion de ce dernier qu’elle organisa et les atermoiements de Fidelio avec Rocco puis la libération de Florestan par Léonore/Fidelio. Pour les passionnés de cette époque opaque et ambigüe de l’occupation, ce parallèle historique tournant autour du drame de Caluire, soit l’arrestation de Jean Moulin (et de Raymond Aubrac), ranime la question encore aujourd’hui non résolue de l’identité du dénonciateur du chef de la résistance française…

Entre ici Charles de Gaulle
Dans ce jeu de rôles historique, l’oppresseur Pizarro prend les traits tout à la fois de Maurice Papon, responsable en chef à la préfecture de Bordeaux pendant l’occupation, mais aussi de Klaus Barbie, « le boucher de Lyon » où il fut le chef de la Gestapo. Dans cette uchronie beethovenienne, il est finalement arrêté par des soldats des forces françaises libres. Comme beaucoup de bons français retournant opportunément leurs vestes, le gardien de prison Rocco troque le brassard nazi contre celui de la résistance pour participer à la Libération. Don Fernando, ministre qui rétablit justice et concorde dans la trame originelle n’est ici nul autre que le général de Gaulle himself – le régalien Thomas Dear ressemblant davantage au général Leclerc qu’à l’homme de l’appel du 18 juin toutefois.

Fin de l’histoire ? Que nenni ! Alors que traditionnellement, dans les représentations modernes de Fidelio – œuvre dont Beethoven écrivit trois versions successives – on joue l’ample et profuse ouverture dite Léonore III en préambule au deuxième acte, l’incisif chef Joseph Swensen à la tête de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine l’exécute avec fougue en final du spectacle, tandis que sont projetés des extraits de la Déclaration des droits de l’Homme, trait d’union universaliste entre l’esprit de 1789 et la résistance face au Troisième Reich.

Last but not least, des figurants participant à cette célébration de la liberté reconquise face au monde carcéral sont en cours de réinsertion après avoir eu maille à partir avec la justice et viennent se fondre avec naturel au flamboyant Chœur national Bordeaux Aquitaine.


Franchement, quel est l’intérêt de rédiger une critique d’opéra sans même évoquer le chant ? C’est proprement aberrant. On se demande si l’auteur a seulement assisté à la représentation ou s’il s’est contenté de lire le programme. Une telle omission frise l’incompétence.
Bonjour Benoît Delacour,
Il existe beaucoup d’autres sites sur lesquels vous trouverez commentées les performances des solistes. Sur Classykêo, nous faisons un autre choix, qui parfois peut en effet privilégier la trame narrative et l’impact dramaturgie d’un spectacle. Dans son article, Romaric en l’occurence mentionne les voix.
Mais libre à vous, si vous souhaitez en savoir plus sur les solistes de ce Fidelio, de vous rapprocher d’Ôlyrix, notre site frère, qui a une charte éditoriale précisément faite pour que chaque chanteur et chanteuse « ait sa ligne » dans l’article.
Quant à la présence de Romaric sur ce spectacle, faites-nous confiance : il était bien là !