FESTIVAL – Dans le cadre de la série « le piano dans tous ses éclats », le Festival Radio France Occitanie Montpellier a accueilli le pianiste François Dumont, le temps d’un voyage houleux et passionné avec les Harmonies poétiques et religieuses de Franz Liszt.
Lamartine au piano
Franz Liszt avait à coup sûr lu le recueil d’Alphonse de Lamartine Harmonies poétiques et religieuses publié en 1830, lorsqu’il composa son cycle de dix pièces pour piano du même nom. Un travail de longue haleine achevé en 1852. Seuls quatre titres de Lamartine y sont finalement repris : Invocation, Bénédiction de Dieu dans la solitude, Hymne de l’enfant à son réveil et Pensée des morts. Ce dernier poème avait inspiré à Georges Brassens une belle chanson (Pensées des morts), empreinte d’une douce tristesse. Chez Liszt, il s’agit plutôt d’une douleur orageuse soulignée par des accords funèbres tenus à la pédale. Aux titres de Lamartine, Liszt a ajouté des pièces de son cru : des prières, Ave Maria, Pater Noster, Miserere inspiré de Palestrina, Cantique d’amour, un andante lagrimoso d’une tristesse chaloupée aux élans majeurs, retombant systématiquement dans l’abattement. On y rencontre enfin Funérailles, ample morceau composé l’année de la mort de Frédéric Chopin en 1849. Ses premières mesures, martelées comme un son de cloche, ne sont pas loin d’évoquer le mouvement lent de la sonate no 2, la célèbre Marche Funèbre, avant d’évoluer vers une sauvagerie militaire aux accents magyars, qui évoque la répression de la révolution hongroise de 1848.
Voyage en noir et blanc
Sur le clavier noir et blanc, François Dumont mène sa barque en pleine tempête. Il aborde la partition avec un sérieux appliqué, et par cœur, évidemment : on interrompt pas une œuvre aussi intense pour tourner les pages. Son jeu est sans excentricités, parfois accompagné de hochements de tête, d’une main suspendue en l’air. Pour autant, il est visible qu’il se laisse enivrer par la puissance de l’œuvre. Les forte sont heurtés, avec une fièvre communicative. De l’extrême grave à l’aigu, tout le clavier est sollicité dans des grandes remontées dextrement exécutés. Dans les morceaux plus religieux, comme l’Ave Maria ou le Pater Noster, il sait apporter du contraste, avec une candeur presque monastique, qui donne à entendre le dialogue entre les deux mains comme un cantilène. Pour autant, chez Liszt, la simplicité ne fait jamais long feu, et le jeu retourne vite à la fureur virtuose qui a fait la renommée du compositeur hongrois. Le dernier morceau, Cantique d’amour, apporte un peu d’apaisement après ce voyage tempétueux, dont la fièvre est toujours présente.
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Le bis ardemment réclamé par le public apporte enfin un peu de douceur. On a tendance à l’oublier : il peut aussi être tout doux, Liszt.

