FESTIVAL – Il pleut, il pleut bergère, ne rentre pas encore ton blanc mouton ni ton agneau mais mets-les à l’abri :
Malgré les pinces à linge et les parapluies, il ne fut pas possible de maintenir au Miroir d’eau le concert de clôture du Festival Dans les Jardins de William Christie.
Les organisateurs, loin de se sentir au bout du rouleau, ne perdirent pas la boussole et tous (musiciens, techniciens, administrateurs, bénévoles, chauffeurs, intendance, prompteur …) remuèrent ciel et terre pour assurer la solution de repli envisagé.
Ainsi la production passa entre les gouttes grâce à cette équipe, pas née de la dernière pluie. Malgré la déception, le public se précipita dès l’ouverture à l’Espace René Cassin situé à Fontenay-le-Comte, à une vingtaine de kilomètres.
Les vacances de Monsieur Agnew
Les séjours à Thiré sont vécus comme des vacances par l’ensemble, et tout particulièrement par Paul Agnew qui aime à cultiver son jardin chez celui de son mentor et s’aventurer vers de nouveaux territoires musicaux pour un spécialiste du baroque, plus tardifs. C’est ainsi qu’il aime à sortir de ses sentiers battus pour partager avec enthousiasme son jardin secret. « Mais rassurez-vous, ce ne sont que des vacances car dès la semaine prochaine, retour au XVIIème siècle », précise-t-il.
Pot-pourri mozartien
La première partie du concert est entièrement dédiée à Mozart, sans souci d’établir un lien particulier entre les œuvres, juste le plaisir de savourer l’orchestre constitué de quarante musiciens répartis comme il le faut dans chaque pupitre, réunissant ainsi les conditions idéales des formations classiques et préromantiques et jouant sur des instruments anciens accordés à un diapason de l’époque.
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Après l’ouverture des Noces de Figaro interprétée de façon joyeuse et enlevée, la soprano Ana Vieira Leite galamment habillée d’une jupe fuchsia et de gants en dentelle noire, interprète un air dit de remplacement « Voi avete un cor fedele » (pièce ajoutée mettant la virtuosité vocale en avant). Sa voix présente un timbre rond et lumineux, une diction claire, une ornementation délicate, une maîtrise du phrasé ainsi que de la théâtralisation permettant d’exprimer les émotions conflictuelles de son personnage.
Le concert se poursuit avec l’exécution du Concerto pour violon K 216, interprété par Théotime Langlois de Swarte en tant que soliste. L’interprétation s’inscrit dans la tradition privilégiant l’échange avec l’orchestre plutôt que la confrontation. Le jeu du soliste se distingue par un phrasé naturel et une expression vocale constante ; sa maîtrise technique lui permet de surmonter aisément toutes les difficultés. Le deuxième mouvement crée une atmosphère suspendue, soulignée par la douceur orchestrale qui soutient délicatement le violon, suggérant la figure mélancolique d’un Wanderer. Enfin, la cadence associant le violon solo au traverso évoque subtilement le dialogue entre les oiseaux du Printemps des Quatre Saisons de Vivaldi.
Pastorale hors des jardins
Dans la Symphonie Pastorale de Beethoven, la nature n’est donc pas donnée à voir mais à ressentir, transposée dans l’espace du concert par la magie des instruments.
Faute d’être plongé dans le cadre naturel, le public est invité à regarder une image projetée, dans la perspective du « Miroir d’eau », telle la vue idéale que l’on aurait sur place. Ici, sans le souffle du vent ni le chant réel des oiseaux, ce sont les musiciens eux-mêmes qui font parler la nature. Il se crée alors une véritable narration musicale, écho du geste de Beethoven qui, fuyant la ville, trouvait refuge et bonheur dans la campagne. Par des variations raffinées de tempi, de nuances et de densité, l’orchestre dessine le rythme d’une promenade. On avance sur les sentiers, on marque une pause, on respire, on prête attention à chaque frémissement sonore, et l’esprit, peu à peu, se laisse emporter au gré de la rêverie. Au fil du parcours, on croit entendre le dialogue printanier des oiseaux : le coucou résonne dans la clarinette, les trilles à la flûte évoquent la légèreté de l’oiseau. Les scènes pastorales prennent vie : on imagine les paysans qui, réunis dans la joie, entament une Bourrée bien affirmée, tandis que la fête se prolonge dans la chaleur du jour. Puis, soudain, l’orage éclate : le tonnerre gronde avec la timbale, la tempête vibre dans les aigus stridents du piccolo, la tension monte.
L’orchestre devient alors un narrateur, tissant une pastorale inventive et éloquente. La nature, absente à l’œil, s’impose à l’imaginaire, et chaque auditeur, guidé par la musique, chemine à son tour au cœur d’un paysage intérieur, vivant, vibrant d’émotions et de souvenirs.
Dans cette Pastorale, chaque motif chante la complicité des musiciens et la générosité du geste de leur chef pour une célébration de la nature et de l’écoute partagée, où l’élan vital, la tendresse et la maîtrise s’unissent.
L’union fait la force
Le partenariat avec la Juilliard School de New York prend tout son sens au sein de ce programme. Les jeunes musiciens issus de cette prestigieuse institution insufflent une énergie à l’ensemble, enrichissant chaque interprétation par la diversité de leur expérience et la rigueur de leur formation. Ce rapprochement permet de croiser les regards et les pratiques, pour aboutir à une symbiose musicale d’une grande richesse avec l’Orchestre des Arts Florissants. Les Jardins florissent ainsi remarquablement, avec des jeunes pousses, de la pluie et beaucoup de talents.

