AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueAriodante à Garnier : The Crown, saison 2

Ariodante à Garnier : The Crown, saison 2

OPÉRA – L’Ariodante de Haendel a bien eu lieu à l’Opéra Garnier, dans la reprise de la mise en scène « so british » de Robert Carsen, Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion faisant leurs débuts in situ. 

To be or not to be ? 

To be, bien sûr, mais pas si facilement que ça. La première a dû être reportée deux fois pour cause de grève. Avec le souvenir des perturbations à la création de cette production en 2023 (donnée en version concert pour la première), c’est à se demander si l’Ariodante de Haendel ne serait pas sous le coup d’une malédiction ? 

Que tout le monde se rassure, plusieurs bonnes fées se sont penchées sur le berceau d’Ariodante et ont œuvré au succès du spectacle, à commencer par le metteur en scène Robert Carsen et son équipe : Luis F. Carvalho pour les décors et costumes et  Peter Van Praet pour la lumière. 

Classique, mais pas has been

That is the question pour Robert Carsen, qui a à cœur de créer de véritables liens entre les dates de composition des oeuvres et le public d’aujourd’hui. 

© Guergana Damianova

Ariodante se situant en Écosse, et le livret présentant des histoires de cour, de cœur et de réputation mise à mal, la transposition au sein de la famille royale anglaise actuelle s’est  imposée au metteur en scène. Ce dernier campe alors le décor dans un château aux allures de manoir de Balmoral, lieu de villégiature des Windsor, et c’est parti pour une soirée ambiance The Crown, saison 2.

So British  

Tout est so british, avec en premier lieu le green omniprésent qui recouvre les murs, le rideau de scène et, dans un souci du détail, même la couverture du programme de salle (comportant de nombreuses photos de la famille royale). À l’instar de la série, la reconstitution est minutieuse. Entre autres, kilts, cornemuses, tartans écossais et contredanses pour le royal respect à la tradition et la fameuse boîte rouge, symbole du pouvoir monarchique.  

© Guergana Damianova

Des trophées suspendus et des vêtements de circonstance évoquent la chasse, activité de prédilection de la noblesse, qui se fait elle-même traquer par des paparazzi prêts à tout pour un cliché (façon Lady Di). La monarchie serait-elle quelque peu has been, que la scène finale nous montre la jeune génération troquant kilts et robes longues contre jeans et tee-shirts afin de voyager incognito loin du château. Celui-ci se transforme alors en musée de Madame Tussaud visité par des hordes de touristes venus faire des selfies auprès de la famille royale…à l’état de statues de cire. 

The royal family

Dans le rôle-titre, Cecilia Molinari se délecte de son amour pour Ginevra, d’une voix saisissante d’homogénéité et de rondeur. Le timbre enveloppant orné d’un vibrato réconfortant rayonne assurément. Elle préserve le beau chant aussi bien dans le désespoir, lorsqu’elle croit sa fiancée infidèle, que dans les vocalises de colère contre Polinesso, celui par qui le scandale arrive. 

© Guergana Damianova

Christophe Dumaux endosse ce rôle de super méchant avec bonheur. Sa corporalité s’adapte à ce personnage cynique, avide de pouvoir et méprisant : sirotant et fumant, avec une tendance insistante au manspreading. Sa voix de contre-ténor porte haut le caractère odieux dans une projection assurée, des vocalises puissantes et un registre de poitrine développé. 

  • Jacquelyn Stucker incarne toute la fragilité de Ginevra d’une voix toute en retenue au vibrato audible. Implorante ou sidérée de chagrin par la calomnie qu’elle subit, ses accents dramatiques restent cependant contenus, son registre médium affichant peu de projection. C’est vers l’aigu qu’elle parvient à exprimer son épouvante, et son agilité est remarquée lorsqu’elle vocalise en servant un picnic ou en enfilant un pantalon. 
© Guergana Damianova
  • À ses côtés, Sabine Devieilhe incarne Dalinda, une dame de cour, en grande intelligence. Sa voix accroche dans la finesse et la précision et chaque son est interprété et ressenti. Il faut bien une interprète hors pair pour faire croire qu’il est possible de tomber amoureuse de l’abject Polinesso. 
  • Son amoureux, Lurcanio, est interprété magistralement par le ténor Ru Charlesworth. Son timbre chaleureux et sa vocalité libre touchent Dalinda et le public. Sa puissance est dans son épée, qui tue Polinesso au cours d’un duel parfaitement réglé. 
  • La voix de basse de Luca Tittolo recèle toute la noblesse du personnage. Son ancrage solide révèle l’autorité du roi d’Écosse, ce dernier pouvant également être affecté par le sort réservé à sa fille dans des nuances plus intériorisées. 
À lire également : Samson : l’origine du mâle

Fairy Pichon 

Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion font un début impérial et triomphant à l’Opéra de Paris.  Le majestueux saisit dès l’ouverture à la française dans un son généreux et incisif à la fois. Le chef conduit sa phalange dans une théâtralité de chaque instant, sans se départir d’une attention soutenue à l’équilibre avec le plateau. Un souffle dramatique parcourt les rangs, teinté de nuances raffinées et de suspensions saisissantes. Le véritable roi ce soir sera dans la fosse. Il en sortira pour rejoindre la troupe d’artistes au plateau  et recueillir l’ovation chaleureuse du public. Longue vie à l’Ariodante de Carsen-Pichon ! 

On vous laisse, on a une saison à binger nous…

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