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Le violon d’Esther Abrami a des elles

PORTRAIT – Charismatique, lumineuse, passionnée, dynamique. La violoniste Esther Abrami représente une jeune génération de musiciens qui forgent leurs carrières libérées de carcans vieillissants, et qui chamboulent ce que peut être la musique classique. En amont de son concert au mythique Olympia de Paris, elle s’est produite à Cenon, à côté de Bordeaux.

1 million de personnes la suivent sur les réseaux sociaux, et ses vidéos génèrent des millions de vues. Elle y partage ses séances de travail, ses voyages, des extraits de concerts ou de collaborations dans le monde entier, mais aussi des moments de crise, de doute et de vulnérabilité avec son million d’abonnés sur les réseaux sociaux. Elle a joué sur les plateaux de Drucker, Delahousse, et Barthès, sur les marches du festival de Cannes, et en solo devant 40 000 supporters au Parc des Princes. Et la voilà au Rocher de Palmer de Cenon, dans la banlieue bordelaise.

Héroïne des réseaux in

Au programme, un florilège de ses deux derniers albums consacrés aux compositrices, et aux musiques de films. Elle explique avoir passé quinze ans d’études dans des institutions prestigieuses en France et en Angleterre, en ayant travaillé sur des centaines de morceaux, mais aucun composé par une femme. « Ce n’est pas que j’étais réticente », dit-elle, « c’est simplement que je ne connaissais pas leur existence ». Elle se lance alors dans une recherche méticuleuse et découvre des femmes dont l’histoire a été effacée, comme Chiquinha Gonzaga, une compositrice brésilienne rebelle qui osa préférer son piano à son mari, et qui s’est battue pour les droits des femmes et contre l’esclavage. En évoquant ces femmes sur scène avec humour et tendresse avant de jouer leurs œuvres, Esther Abrami guide son public dans une écoute approfondie et personnelle.

© Aurélien Petillot

La BO d’une vie

Esther Abrami, violoniste virtuose et lyrique, rappelle la grâce d’Audrey Hepburn, la verve de Cecilia Bartoli, et la ferveur de Jacqueline du Pré. Expressive et éloquente, elle donne à chaque note l’énergie de toute une vie, et à chaque moment l’intensité d’un lendemain qui pourrait ne pas exister. Esther et ses musiciennes (Marion André au piano, et un quintette à cordes issu de l’Orchestre de Chambre de Toulouse) s’expriment et s’affirment avec panache, précision, générosité, complicité et enthousiasme. Entre leurs mains se côtoient naturellement une antienne quasi-millénaire de Hildegard von Bingen, un choro sensuel de Chiquinha Gonzaga, une mélodie romantique de Pauline Viardot, une valse burlesque de Yoko Shimamura extraite d’un jeu vidéo, et l’hymne féministe planétaire Flowers de Miley Cyrus.

Les musiques de La vie est belle, Chocolat, Hunger Games, Amélie Poulain, Les Choristes, ainsi que des extraits des Quatre Saisons de Vivaldi, et le Libertango de Piazzolla étaient également inclus au programme. Deux moments de profonde émotion ont bouleversé le public : Wiegala, une berceuse que Ilse Weber avait composée pour réconforter les enfants d’Auschwitz, et Transmission, un hommage intime et épique d’Esther Abrami elle-même, à sa grand-mère. Deux autres morceaux ont mis en valeur ses talents de compositrice: l’hymne écrit pour les 40 ans des Restos du Cœur, et Tournelle qui évoque les lumières et la joie des célébrations de Hanoucca. 

Esther 1, idées reçues 0

Il se dégage de ce concert une thématique sur la liberté, et des revendications d’indépendance et d’autonomie, qui font écho à la carrière d’Esther Abrami. Comme beaucoup de femmes, elle a été victime de harcèlement, de dénigrement, et de jalousies. Avec talent, intelligence, sincérité et détermination, elle a cependant bousculé les a priori, s’est créé une carrière riche, originale, éclectique et internationale, et a réussi à brasser un public large et varié de novices et de connaisseurs. Elle exerce aussi une influence déjà quantifiable sur des enfants et des ados qui ont choisi de jouer d’un instrument grâce à elle.

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Il ne reste plus qu’à espérer que le fait qu’une jeune violoniste se retrouve sur la scène de l’Olympia pour partager 1000 ans de musique, dont ses propres compositions, devant un public où une écolière, un jeune ado en sweat, un bobo en polo, et un sexagénaire à la Sempé, se retrouvent assis l’un à côté de l’autre, unis dans l’écoute et l’émotion, ne soit plus une rareté mais devienne la norme. 

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