AccueilA la UneIl était une fois… Cendrillon de Viardot par la cotive

Il était une fois… Cendrillon de Viardot par la co[opéra]tive

COMPTE-RENDU – La co[opéra]tive inaugure au Théâtre Sénart sa nouvelle coproduction qui partira dans une immense tournée : Cendrillon de Pauline Viardot adaptée par David Lescot et Jérémie Arcache avec un quatuor instrumental dirigé du piano par Bianca Chillemi.

Il était une fois dans la contrée de Sénart, lieu enchanteur au milieu des champs urbains et qui n’est lointain que pour l’aristocratie rétive à troquer sa diligence contre un trajet en RER D et bus (qui fonctionnent bien et sont loin de se transformer en citrouille d’autant que ce spectacle d’1h10 se termine, à 20h40).

Il était une fois, disions-nous, un spectacle enchantant petits et grands venus nombreux pour redécouvrir la fameuse Cendrillon, ici dans la version opéra de chambre composée par Pauline Viardot il y a très très longtemps. Enfin, pas tant que ça en fait, la création en eut lieu le 23 avril 1904 dans les salons de Mathilde de Nogueiras, mais lorsqu’on est une femme, il vaut mieux être une héroïne de conte de fée plutôt que de tenir la plume, si on veut rester dans la postérité et être jouée régulièrement… Cette belle page de l’histoire musicale en est encore un criant exemple : la musique en est riche, inventive, pleine de métier, elle met bien les airs et ensemble en voix (pour les interprètes) et en tête (pour le public). La magie enchanteresse de l’opéra en somme !

Soul-Yeah devers

La partition originale pour piano et voix allie déjà allègrement chant lyrique et folklorique, et la version ici proposée pousse cette logique, avec un quatuor instrumental (piano, violoncelle, clarinette, percussions) n’hésitant pas à se déchaîner dans des improvisations free jazz.

Il était une fois pour ce faire et mettre tout cela en valeur et davantage dans ce spectacle, une scénographie reposant sur un grand mur-panneau qui forme le logis de Cendrillon et sa famille, puis se relève pour dévoiler un palais princier avec grand escalier et rideau pailleté (ambiance cabaret, esprit vers lequel cette version pousse nettement le jeu musical et l’alternance chanté/joué de cette opérette). Les instrumentistes sont ainsi d’abord comme derrière des tableaux hantés, avant d’apparaître à vue pour le bal, toujours investis, justement déchaînés.

Romie Esteves, Clarisse Dalles, Apolline Rai-Westphal, Tsanta Ratia – Cendrillon de Pauline Viardot par David Lescot (© Christophe Raynaud de Lage)

Il était une fois donc l’histoire de Cendrillon que tout le monde connaît, mais il est et il sera à nouveau cette histoire, que Viardot déjà adapte à son époque, geste que prolonge ce spectacle, faisant d’autant plus rire le public de bon cœur.

À Lire également : La vie extraordinaire de Pauline Viardot
Ce soir je serai là plus belle pour aller chanter 

Il était une fois, pour incarner les fameux personnages, une troupe très impliquée et visiblement soudée, dont la qualité de diction rend les surtitres entièrement superflus :

  • Cendrillon avant tout, incarnée par Apolline Raï-Westphal qui s’emploie vigoureusement à frotter le sol puis à jouer la comédie, enfin à rester libre et fière car ici on ne naît pas princesse, on le devient, en choisissant son prince et pas l’inverse (il faut dire que la noblesse du chant éclate d’emblée sous l’oripeau des haillons) ;
  • Olivier Naveau s’emploie à incarner avec une maladresse vigoureuse sans doute en partie volontaire le père (Baron Pictordu constamment appelé Bectordu) ici dans la lune mais en surjouant et surchantant en terme de vibrato ;
  • Tsanta Ratia en Prince charmant peu à l’aise lui aussi dans le jeu, assouplit la ligne avec un lyrisme toutefois un peu serré ;
  • Enguerrand de Hys son Chambellan déguisé en Comte Barigoule, s’en donne à cœur joie dans sa grande aria de ténor (et parodie de break-dance) d’une voix à la fois solaire et couverte ;
  • Clarisse Dalles et Romie Estèves les deux sœurs Maguelone et Armelinde, chippies très synchro et raccroc, aussi à l’aise (après un peu de chauffe) dans le jeu que dans la voix, mais dont le lyrisme très développé serait plus à la mesure d’un orchestre et d’une version vraiment opératique de l’œuvre ;
  • enfin Lila Dufy en tante-fée intensément lyrique au vibrato serré.
Tsanta Ratia & Apolline Rai-Westphal – Cendrillon de Pauline Viardot par David Lescot (© Christophe Raynaud de Lage)

Il était une fois donc ce spectacle amusant et agile comme le rat téléguidé et la citrouille-mobile qui traversent son plateau.

Il était une fois un opéra interprété bien trop peu de fois depuis sa composition même si des maisons se sont à nouveau penchées de temps en temps sur cette partition et même si on aimerait bien aussi entendre cette œuvre telle qu’elle a été composée… Quoi qu’il en soit, le succès éclatant que remporte ce spectacle fait assurément la joie de toutes les bonnes fées qui se sont penchées sur son berceau.

À n’en pas douter, ce spectacle verra du pays, vivra heureux, et aura beaucoup de représentations…

Apolline Rai-Westphal, Tsanta Ratia, Clarisse Dalles, Olivier Naveau, Romie Esteves, Enguerrand de Hys (alternant avec Benoît Rameau) – Cendrillon de Pauline Viardot par David Lescot (© Christophe Raynaud de Lage)
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