AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseLes étapes du deuil façon Eyal à la Villette

Les étapes du deuil façon Eyal à la Villette

DANSE – Figure majeure de la danse contemporaine, Sharon Eyal signe un adieu pudique et déchirant à sa mère disparue cette année. À l’Espace chapiteaux de La Villette jusqu’au 6 décembre, huit interprètes d’exception incarnent un chagrin qui refuse d’exploser. La chorégraphe retarde l’effondrement par la pure énergie du mouvement, et livre l’une de ses œuvres les plus personnelles. 

Pas de préambule : dès le lever du rideau, nous voilà plongés dans un tourbillon de douleur. Quatre hommes et quatre femmes surgissent, vêtus de justaucorps couleur chair, parcourus de veines écarlates – fragiles poupées de porcelaine sur le point de se briser, œuvre de Noa, la fille de la chorégraphe.  

Le choc

Pendant cinquante minutes, Sharon Eyal ne nous laisse aucun répit. Sur la musique envoûtante de Josef Laimon, pulsation hypnotique qui nous retourne de l’intérieur, elle déploie son vocabulaire obsessionnel comme si la douleur peinait à s’extérioriser. Pour la première fois, elle mêle sa propre voix à celle de son fils Charly, insufflant à la partition une mélancolie déchirante. Le jeu de lumières d’Alon Cohen fait apparaître les silhouettes, comme si les vivants dansaient avec leurs propres fantômes. 

Le déni

Créée en mémoire de sa mère décédée et dédiée à toutes les mères du monde, cette pièce explore, comme son titre l’indique, la tristesse et les mille façons de la traverser, de la différer ou de l’affronter à reculons. Au départ, le rythme semble presque léger. Les danseurs évoluent dans une insouciance fragile, avant que quelque chose ne se brise.

© Vitali Akimov

On reconnaît immédiatement la griffe d’Eyal : ces déplacements sur demi-pointes, ces corps cambrés à l’extrême parcourus de tremblements, de soubresauts, de spasmes, de gestes saccadés et retenus au bord de l’explosion.

La colère

Mais ici, le travail des mains est extraordinairement développé : paumes plaquées sur des bouches grandes ouvertes pour étouffer les cris, index pointés, bras tendus mimant une arme, mains qui écrasent les visages pour masquer l’expression d’une douleur qui transparaît malgré tout.

© Vitali Akimov

Les regards des danseurs fuient les nôtres, fixent le sol ou se cherchent entre eux – sauf quand ils nous menacent de leurs bras tendus et là l’intensité de leurs regards nous transperce. La mort rôde, et peut frapper à tout instant. C’est une danse intériorisée : on souffre, mais les émotions peinent à surgir. Comme retardées (delayed). Mouvements d’ensemble et magnifiques duos se succèdent : des femmes marquées par la souffrance, des hommes qui les soutiennent dans l’épreuve. 

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L’acceptation

Cette œuvre puissante donne corps à une douleur intime devenue universelle et nous invite à l’introspection face à nos propres blessures. Elle interroge notre capacité à vivre les émotions que nous portons en nous ; le défi consiste à faire le choix de les laisser s’exprimer ou non. Cette pièce est l’une des plus personnelles de Sharon Eyal, un moyen de guérir par le mouvement. Et pour le public, elle offre l’une de ses plus belles créations, née de la complicité avec son compagnon Gai Behar, son « plus grand soutien et son immense amour ».

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