AccueilSpectaclesCher Evan Hansen au Théâtre de la Madeleine : 3 reasons why

Cher Evan Hansen au Théâtre de la Madeleine : 3 reasons why

COMPTE-RENDU – Dear Evan Hansen, une comédie musicale de 2015 écrite par Benj Pasek, Justin Paul et Steven Levenson, devient Cher Evan Hansen pour son arrivée à Paris au Théâtre de la Madeleine, sous la houlette d’Olivier Solivérès. Voici trois raisons évidentes d’apprécier ce spectacle, sur un sujet délicat.

First reason : Un décor minimaliste

Le spectateur fidèle à la version originale serait étonné par le décor beaucoup plus minimaliste – avec des cubes qui se convertissent aussi librement en tout ce dont la scène a besoin : tables, chaises, canapés, lits, voire des bancs dans un parc vers la fin de la représentation.

Ici, le cadre familial « à l’américaine » laisse la place aux acteurs et à leur spontanéité, réduisant la possibilité de distraction et encourageant le public à être plus attentif à la performance elle-même, aux paroles des chansons (retravaillées en français par Hoshi) mais aussi à chaque dialogue, chaque mouvement. Dans une comédie musicale qui essaye de mettre en lumière des sujets en lien avec la santé mentale, la famille et l’amour, les interprètes sont eux-mêmes les premiers à être rendus plus visibles que jamais. C’est aussi l’occasion de traiter le thème de l’adolescence, sans tomber dans le cliché des lycées américains, avec leurs bus jaunes et leur lot de brimades près des casiers.

Antoine Le Provost – Cher Evan Hansen au Théâtre de la Madeleine © Fabienne Rappeneau
Second reason : L’effet miroir entre les personnages 

L’un des éléments intéressants de Cher Evan Hansen, tout comme la version anglaise qui le précède, c’est la manière dont les personnages, même ceux qui n’ont peu ou pas d’interaction entre eux, (se) servent souvent de miroir l’un pour l’autre.

Si « l’effet miroir » entre Evan et Connor est relativement facile à comprendre – avec Connor qui aurait pu rester en vie après la tentative de suicide, et Evan qui aurait pu mourir après avoir sauté d’un arbre – les autres sont plus subtils.

Antoine Le Provost, incarne ce cher Evan Hansen d’une voix suave et pleine d’émotions, mais contrairement à Ben Platt, le créateur du rôle, il souligne chez le lycéen cette tentative de vivre une vie normale non pas malgré, mais avec ses angoisses. L’interprète utilise d’ailleurs les cubes installés sur scène pour monter quand il chante les amitiés imaginaires et descendre quand il est temps de revenir à la réalité. Quant à Antoine Galey, il met sa voix rieuse et souvent sarcastique au service de Connor Murphy.

Alana Beck (Fanny Chelim), camarade d’école d’Evan à la voix aussi lumineuse que sa personnalité, ressemble beaucoup plus à Heidi Hansen (Armonie Coiffard), mère d’Evan dotée d’une voix parfaitement douce et maîtrisée. Toutes les deux sont ambitieuses mais anxieuses, elles représentent deux possibilités issues d’une même aspiration et d’une même crainte : arriver à tout faire en même temps, moins selon leur propre volonté que selon les circonstances.

Nous trouvons également de tels liens étonnants chez d’autres personnages : le déni partagé par Jared (sa solitude dans le chant « Sincerely Me ») et le père de Connor Murphy. Ou encore Zoé et Alana, la première effacée involontairement derrière la mort de son frère qu’elle déteste, et la deuxième qui s’implique dans le « Projet Connor » (destiné à entretenir le souvenir du défunt) en tant que connaissance proche, mais qui s’efface aussi, de manière contradictoire, derrière ce projet qui n’a rien à voir avec sa propre personne.

Au final, il s’agit d’une comédie musicale moderne proche de notre quotidien, sujette aux interprétations de chacun et de chacune. Ici, pas de cassettes audio laissées par un défunt camarade mais une invitation à la réflexion, pendant ou après le spectacle, qui nous offre déjà d’innombrables clés pour rendre visible l’invisible.

Antoine Le Provost et Kévin Barnachea – Cher Evan Hansen au Théâtre de la Madeleine © Fabienne Rappeneau
Third reason : Le public est concerné

Deux défis ont été relevés par l’équipe derrière Cher Evan Hansen : faire évoluer le spectacle pour mieux toucher les spectateurs de 2025, dans un monde qui a beaucoup changé depuis les années 2010 (d’où les scènes montrant les réactions des internautes beaucoup plus élaborées que dans la version originale). Mais aussi, toucher un public français dans ses habitudes contemporaines jusqu’aux détails de la vie courante.

Contrairement à beaucoup de comédies musicales jouées dans la capitale française, qui ont droit aux salles de spectacle immenses, Cher Evan Hansen se passe dans un espace relativement petit aux décors modestes. Un choix qui prend tout son sens dans les derniers moments de la représentation : pendant une vingtaine de secondes, les spectateurs ont été autorisés à éclairer la scène avec leurs téléphones, devenant ainsi eux-mêmes ce « quelqu’un » dont Evan et Connor et les autres personnages ont besoin. La taille de la salle, qui peut devenir contraignante pour certains spectacles, devient un avantage pour rapprocher le public et la scène dans le cas de Cher Evan Hansen.

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Finalement, vers la toute fin du spectacle, des feuilles A4 semblent tomber du ciel et sur quelques spectateurs : ce ne sont rien d’autre que les fameuses lettres écrites par Evan à lui-même, sur les recommandations de son psychiatre (on l’a dit, il n’y a pas de cassettes audio ici). Les plus chanceux repartent donc à la maison avec un souvenir symbolique : un double cri de secours – d’Evan, son auteur, et de Connor, à qui il est attribué – déguisé en « lettre à soi-même », une lettre à garder précieusement comme rappel de l’importance de la santé mentale qui nous touche tous. Par cet acte symbolique, Cher Evan Hansen brise aussi l’invisibilité et le silence des spectateurs qui traversent eux-mêmes des épreuves difficiles, en leur donnant la clé pour se rendre visibles et être écoutés. Cela pourrait faire l’objet d’une série…

Cher Evan Hansen au Théâtre de la Madeleine © Fabienne Rappeneau

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