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Voyage au bout de la nuit avec Goerne et Helmchen

COMPTE-RENDU – À la Philharmonie de Paris, le baryton Matthias Goerne et le pianiste allemand Martin Helmchen inaugurent une interprétation des cycles de Lieder de Schubert avec « Le Voyage d’Hiver ».

Début d’hibernation

Pour des raisons de santé, le pianiste Daniil Trifonov s’est vu contraint d’annuler sa venue pour les trois concerts dédiés aux cycles schubertien. Le programme se veut néanmoins rassurant : son remplaçant, Martin Helmchen, est un pianiste et partenaire artistique historique de Matthias Goerne, ce qui assure une soirée qui ne perdra pas de sa saveur.

Le cycle du voyage hivernal, composé sur les poèmes de Wilhelm Müller, commence par une invitation au départ, indiquant la fin de quelque chose… Gute Nacht est le mot laissé à la bien-aimée du voyageur, sur le portail, ne voulant pas troubler son sommeil. Goerne, les yeux fermés (pas de pupitre nécessaire), se plonge à cœur ouvert dans ce premier Lied. Le tempo choisi pour cette marche est assez lent, le caractère introspectif incarné par le chanteur, conduit Helmchen à effleurer les touches du piano, comme pour bercer le public. 

Attention aux turbulences

Le baryton allemand au vibrato lent et large, a une réelle profondeur dans la voix. Sa résonnance facile et naturelle est embellie par des graves mélodieux. Son médium et ses aigus, couverts de miel, et ses nuances piano s’allient joliment aux couleurs proposées par le pianiste, particulièrement dans Der Lindenbaum (Le Tilleul) et Erstarrung (Engourdissement). Tout cela prend vie, lorsque l’on ferme les yeux, car oui, âme sensible s’abstenir (ou écouter les yeux fermés), les gesticulations incessantes du baryton peuvent en dérouter plus d’un et quelque peu diminuer la qualité d’écoute. Le regard vif, le chanteur voudrait atteindre la personne la plus éloignée de lui. Son corps tout entier est investi dans la narration, donnant son importance à chaque mot des poèmes. Il accroche par ses yeux écarquillés, s’apprête à décoller du sol, ses talons n’étant jamais vraiment ancrés, le cou étiré au possible, mais par un tour de magie noire, cela n’altérera en rien la qualité d’émission vocale. Il reste toujours en mouvement, avec une gestique de balancier, rappelant probablement celle du marcheur. Il va presque jusqu’à se nicher sous l’aile ouverte du piano, en quête d’abris ou d’acoustique plus boisée, plus chaleureuse. Donc, il se fait à la fois son propre producteur ou ingé son, en live. Le seul morceau du cycle dans lequel Matthias Goerne s’autorise à revenir au sol est le lied Irrlicht (Feu follet), cette soudaine stabilité amplifie les sous-tons de sa voix, déjà complète et peaufinée à souhait, y rajoutant encore plus de rondeur.

Vous êtes arrivés

Martin Helmchen paraît aux premiers abords méthodique et méticuleux, serait-il timide ? Bon soutien pour ce chanteur à la théâtralité certaine, il fait entendre les lignes sous-jacentes, entrelacées ou cachées par Schubert. Son toucher d’une délicieuse délicatesse tisse une toile sur laquelle il semble facile de chanter. Helmchen développe une sonorité feutrée de l’instrument, regorgeant de surprises. Der stürmische Morgen (Le Matin orageux) est une occasion en or pour montrer qu’il en a sous le pied, le morceau vacille entre rêverie mélancolique et cri du cœur. Il y laisse exploser un caractère plus musclé, faisant claironner le piano. La soirée s’achève sur le morceau le plus habité, où l’incarnation mystique prend tout son sens, Der Leiermann (Le Joueur de vielle). L’image du vieillard jouant de sa vielle, dans un froid glacial, ignoré des passants du village, prend vie sous les yeux des spectateurs. 

La salle applaudit généreusement ce beau duo, après une heure quinze de mélodies, étonnés de ne pas recevoir de bis. Une belle accolade chargée d’émotion conclut la fin de ce récital de Lieder, laissant apparaître encore plus clairement la fine relation amicale entre les deux musiciens. Goerne se place presque comme protecteur de Helmchen, jeune pianiste, non prévu initialement, mais qui réussit à conquérir le public parisien. Ce n’est pas chose facile que de suppléer un (tel) autre. Il nous aura presque fait oublier… qui remplaçait-il déjà ?

À Lire également : le compte-rendu d'Ôlyrix
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