AccueilA la UneDe Sohy à Mozart, une odyssée orbitale à Avignon

De Sohy à Mozart, une odyssée orbitale à Avignon

CONCERT — Alors que les regards du monde se tournent vers la Lune avec l’équipage de la mission Artemis II, l’Orchestre national Avignon-Provence propose depuis l’Opéra Grand Avignon un voyage orbital d’un tout autre genre. Avec Les Trois Anges, la cheffe Débora Waldman fait dialoguer les constellations longtemps invisibilisées de Charlotte Sohy, les satellites émotionnels de Mahler et la majesté symphonique de Mozart. Une soirée en apesanteur, où la musique nous propulse dans le cosmos.

3, 2, 1… liftoff !

Avant même le compte à rebours, les élèves de la classe d’Histoire de la musique du Conservatoire du Grand Avignon assurent le pré-lancement depuis la Salle des Préludes. Tel un centre de contrôle improvisé, ils livrent un prologue documenté, permettant aux futurs passagers de se familiariser avec une partie du répertoire (encore trop rarement exploré) enregistré en 2022 par les artistes présents sur scène (dans le disque Charlotte Sohy : compositrice de la Belle Époque, paru chez La Boîte à Pépites).

Tous les voyants sont au vert : décollage autorisé.

Orbite Sohy : une étoile retrouvée

À peine l’ascension amorcée, la mezzo-soprano Aude Extrémo, accompagnée de Débora Waldman à la tête de l’Orchestre national Avignon-Provence, nous plonge dans la nébuleuse du répertoire de Charlotte Sohy. Une compositrice qui, contrainte d’adopter un pseudonyme masculin pour être éditée, faillit disparaître dans les trous noirs de l’histoire musicale.

Aude Extrémo © Studio Ledroit-Perrin

Dans les Trois chants nostalgiques et les Deux poèmes, Aude Extrémo déploie un timbre incandescent, aux graves charnus et aux aigus éclatants, capables de rivaliser avec une supernova sans jamais perdre en lisibilité. Sa projection, toujours maîtrisée, survole aisément la masse orchestrale. Sous la direction ferme, presque métronomique, de Waldman, la lumière d’un astre oublié réapparaît avec éclat.

Debora Waldman © Lyohdo Kaneko

L’orchestre, quant à lui, se déploie comme une aurore boréale : une matière sonore mouvante, chatoyante, mais d’une grande précision de phrasé. Dans Les Trois Anges, pièce éponyme du programme, Aude Extrémo cisèle une ligne délicate, aux attaques souples, presque suspendues. Sa diction, marquée par des r roulés assumés, agit comme un léger champ magnétique orientant le flux du texte : une manière très personnelle, et plutôt efficace, d’éclairer ces poèmes d’une nostalgie toujours vibrante.

Mahler : systèmes en tension

Changement de système : cap sur Gustav Mahler. Les Lieder eines fahrenden Gesellen (Chants d’un compagnon errant) gravitent ici autour de Blumine, ancien mouvement de la Symphonie n°1, tel un satellite éjecté mais jamais totalement perdu.

La trompette de Pierre Macaluso y trace une ligne lumineuse, au timbre clair et au souffle long, comme un signal radio lointain capté dans le vide sidéral. Aude Extrémo, de son côté, module sa voix avec finesse : tour à tour apaisée ou traversée d’élans plus tourmentés, elle incarne pleinement les contrastes mahlériens. L’orchestre, attentif, prolonge et amplifie ces tensions avec une grande souplesse de phrasé.

Objectif Jupiter

Si Artemis II vise la Lune, la mission de ce concert cible une destination autrement plus massive : la Symphonie n°41 « Jupiter » de Mozart.

Dès les premiers accords, l’œuvre impose sa gravité. Sous la direction mesurée et distinguée de Débora Waldman, l’Orchestre national Avignon-Provence déploie une énergie rayonnante, sans jamais céder à la surcharge. Les bois offrent des interventions pleines d’esprit, tandis que les cordes soignent des départs d’une discrétion presque cosmique.

Le Finale, véritable tour de force contrapuntique, relève presque de l’ingénierie spatiale. Cinq thèmes s’y croisent, s’entrelacent et s’évitent avec une précision qui ferait pâlir plus d’un ingénieur de la NASA. Chacun suit sa trajectoire sans collision, dans un équilibre fascinant. On pense alors à la capsule Orion parfaitement guidée vers un objet en mouvement : ici, pas besoin de correction de trajectoire, tout est déjà écrit dans le protocole, ou plutôt dans la partition.

Retour sur Terre

De retour dans l’atmosphère avignonnaise, le public, conquis, remercie longuement les artistes, les invitant à revenir sur scène à plusieurs reprises. La cheffe convie les pupitres à saluer un à un, suscitant parfois une surprise amusée chez certains musiciens visiblement peu habitués à quitter leur orbite. Ces Trois Anges nous auront rappelé, le temps d’une soirée, que dans le cosmos comme en musique, rien ne disparaît vraiment : tout se transforme, se réinvente… et finit toujours par briller à nouveau.

À Lire également : Charlotte Sohy, la découverte d’une mine d’or

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