COMTPE-RENDU – À l’Opéra de Paris, Nixon in China de John Adams mis en scène par Valentina Carrasco plonge le public au cœur d’un épisode politique majeur du XXᵉ siècle : la visite historique du Président américain en Chine en 1972. Un opéra au génie musical traduit visuellement mais qui demande un peu de bagage historique pour en saisir toutes les intentions.
Guerre froide sur tables de ping-pong
La première image est forte. Sur scène, plusieurs tables de ping-pong. À chaque table, deux adversaires : les joueurs en rouge pour la Chine, les joueurs en bleu pour les États-Unis. La guerre froide devient match sportif. Fragmentée, répétitive, presque absurde. Le geste est simple, mais d’une redoutable efficacité visuelle.

Puis la partie s’interrompt. Les tables s’écartent. Deux blocs se forment : toujours la Chine en rouge d’un côté, l’Amérique en bleu de l’autre. Entre les deux, un espace se creuse, comme une brèche diplomatique. Un immense aigle descend des cintres. Nixon et son épouse apparaissent. Les journalistes surgissent aussitôt. L’Histoire devient spectacle médiatique. La mise en scène est claire, lisible, voire presque didactique.
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Le pouvoir surélevé
Le décor change radicalement. Le monde bureaucratique de Mao Zedong domine l’espace, surélevé. En contrebas, des travailleurs s’activent. Le contraste est frappant : en haut, la parole idéologique ; en bas, la mécanique collective. L’image est forte, presque graphique. Elle dit sans discours la hiérarchie politique.

La mise en scène réussit ainsi à parler de l’œuvre à travers les images qu’elle construit. Elle donne à voir les rapports de force, les symboles, la propagande, sans jamais tomber dans la surcharge.

Un orchestre au cœur du suspense
Dans la fosse, l’orchestre dirigé par Kent Nagano impressionne. L’interprétation est d’une précision remarquable. La partition de John Adams, déjà redoutablement construite, trouve ici toute sa tension. Les pulsations répétitives créent une énergie constante. Les superpositions rythmiques installent un climat presque hypnotique. La musique s’inscrit autant dans la dramaturgie que dans le suspense.
Les chœurs, nombreux, participent pleinement à cette atmosphère. Leur présence massive donne au spectacle une dimension collective, presque oppressante. Ils incarnent tour à tour la foule, l’idéologie, la pression politique. L’effet est saisissant.
Des incarnations solides
Côté solistes, l’engagement scénique est indéniable. Thomas Hampson campe un Richard Nixon crédible, maîtrisé, incarnant la posture présidentielle avec autorité. Renée Fleming, en Pat Nixon, apporte une présence élégante, attentive, presque humanisante au milieu de la froideur diplomatique. John Matthew Myers prête à Mao Zedong une silhouette et une énergie scénique convaincantes, oscillant entre autorité et mystère.

Si l’engagement dramatique est manifeste, l’écriture vocale de l’œuvre ne semble pas toujours la plus propice à mettre en pleine lumière les qualités purement lyriques des chanteurs. La partition privilégie souvent le rythme, la déclamation, l’élan collectif plus que l’ampleur mélodique traditionnelle. Mais les interprètes compensent par leur présence et leur investissement théâtral.
Une fresque spectaculaire
Le public suit avec attention cette fresque politique. L’accueil est chaleureux. Nixon in China apparaît ici comme un opéra profondément historique. Même si quelques repères sur les relations sino-américaines des années 1970 aident à en saisir toutes les nuances, le rendu est accessible par la force de sa mise en scène.
Une soirée spectaculaire, où la diplomatie devient chorégraphie, où la musique installe le suspense, et où l’Histoire se transforme en théâtre vivant.
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