AccueilA la UneBeethoven chez Berlioz ? enchanté ! 

Beethoven chez Berlioz ? enchanté ! 

COMPTE-RENDU — Le Festival Berlioz accueille, comme depuis plusieurs années, Renaud Capuçon délaissant son violon pour mieux jouer de la baguette de direction. Le tout en poursuivant son exploration de galvanisantes symphonies de Beethoven.

C’est un plaisir renouvelé, à chaque fois. Venir ici, à La Côte-Saint-André, dans la vaste plaine de Bièvre, applaudir quelques-uns des plus grands noms de la musique classique, parmi lesquelles figure Renaud Capuçon qui est ici comme à la maison. Et pour cause : l’artiste est un fidèle du rendez-vous isérois, et mieux, depuis quatre ans, il s‘est fixé un sacré défi : diriger toutes les symphonies de Beethoven, façon marathon au long cours, à la tête de son Orchestre de chambre de Lausanne. 

L’heure est ainsi venue de se frotter aux Sixième et Septième symphonies du maître de Bonn, pour cette phalange suisse qui vient prendre place au frais, sous la tente dressée dans la cour du grand château de La Côte. Un endroit qui sonne comme un nom de bon cru, pour une musique qui ne tarde pas à enivrer et à faire tourner joyeusement les têtes. Bien sûr, il y a là « seulement » une cinquantaine de musiciens, effectif loin d’être des plus pléthoriques pour affronter de telles partitions. Et pourtant tout est là, les couleurs, les nuances, les sonorités capiteuses, l’élan collectif né d’une fougue virale des violons jusqu’au timbalier. 

Et avec le sourire !

Berlioz, qui l’admirait, n’aurait sans doute alors rien à redire à voir ainsi Beethoven lui piquer la vedette à domicile : le plaisir de la musique ne peut que se partager, ce que ne renie pas Renaud Capuçon à la direction fort dynamique des mains (la droite, surtout), comme des jambes. S’imagine-t-il avec son archet, à l’instant, genoux pliés, de demander à ses pupitres de cordes des crescendi plus prononcés et un pianissimo presque silencieux et susurré, comme dans cet Allegretto de la 7ème aux accents chantants puis triomphants ? En tout cas, le maestro sait donner les justes directions à des pupitres où règne la discipline mais aussi la vaillance et la prestance, dans la justesse des notes comme dans leur noblesse.

Mais voilà des musiciens qui ne se font pas remarquer que par leur talent et leur virtuosité. Car il y a aussi ce plaisir évident qui se lit sur leur visage. Ici chez les violons au moment de coordonner des coups d’archets nourris par un fuoco collectif, là chez des cors venus apporter toute la douce suavité de leurs effets sonores. Oui, dans cet orchestre comme transcendé par la musique ardente de l’ami Ludwig, tout n’est que sourire et joie communicative, laquelle se lit aussi finalement sur le visage d’un chef rincé, mais heureux. Et le public l’est tout autant, lui qui applaudit longuement des musiciens qui lui auront permis de vivre, ici, chez Berlioz, une nouvelle soirée de grand plaisir romantique.

À Lire également : Festival de Menton, Capuçon, Saint-Saëns, Beethoven… et quelques éclairs
© Festival Berlioz – Bruno Moussier

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