Les vacances furent longues pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’arpenter les différents festivals d’été. Le 1er septembre, la Philharmonie a pris le virage tant attendu. Le compte est rond, parfait pour la rentrée des classes et les bonnes résolutions. Notre professeur principal pour ces deux premières soirées (un deuxième concert aura lieu le 2 septembre) n’est autre que Yannick Nézet-Séguin, tout de paillettes vêtu, l’enthousiasme toujours aussi débordant, et le Met Orchestra de New York.
COMPTE-RENDU – Pour sa deuxième édition, le festival Prem’s de la Philharmonie de Paris a réveillé la capitale grâce à la fougue de l’infatigable Yannick Nézet-Séguin, autour d’un programme sur lequel Richard Strauss a fait main basse.
Cartable tout neuf, oreilles opérationnelles

Afin de fêter comme il se doit cette nouvelle saison, le public parisien a accepté, moyennant un tarif rare (15 €), de rester debout dans la fosse pour encourager les musiciens. À l’instar du chef survolté, l’audience fut d’une attention toute particulière du début à la fin, la position verticale ne lui donnant pas l’envie immédiate d’improviser des pogos ou autres chenilles. Il faut dire que le menu du soir était alléchant. La
Suite du Chevalier à la rose jette des pots de couleurs aux quatre coins de la salle : les cors et leurs glissés iconiques n’en peuvent plus de bonheur, la valse bat son plein, sans oublier ce rubato viscéralement romantique, à consommer sans modération.
Une fois les camarades de classe rencontrés, la liesse générale laisse place au final de Salomé, interprété par la soprano Elza van den Heever. C’est autour des professeurs de parler, et il n’y a pas de quoi rire, le programme scolaire est coton. Totalement possédée pendant sa performance, Elza van den Heever fait taire toute la Philharmonie en quelques instants. L’image de cette chanteuse exaltée à seulement quelques centimètres du public ébahi restera une image forte de ce festival. Le chef très ému et littéralement à genoux n’aura pas les mots pour féliciter sa camarade.

Comment voyez-vous votre vie en 2026-2027 ?
Pour une bonne partie des spectateurs du soir, Une vie de héros sera le seul objectif valable. Richard Strauss nous raconte la grande vie que tout le monde attend, faite d’émotions intenses, de retournements de situation et d’instants féeriques et impromptus. Où donner de la tête entre le violon solo Benjamin Bowman (littéralement « archer », ça ne s’invente pas) faisant résonner son instrument au sommet de la phalange, la grosse caisse déchaînée qui fait trembler les murs, les multiples détails remarqués et encouragés par le maestro, les piaillements des flûtes ou les harmonies toujours surprenantes et culottées du farceur Richard ?
Richard Strauss incarne la richesse, l’abondance, l’énergie, le don de soi. Exactement ce qu’ont donné en spectacle Yannick Nézet-Séguin et son orchestre. Le chef n’oubliera pas d’adresser un petit mot au public qui lui a réservé un accueil particulièrement chaleureux, en l’invitant à revenir le soir suivant, tout en saluant, dit-il, « la meilleure salle et le meilleur public du monde ». Dans l’espoir sincère qu’il ne répétera pas ce même compliment aux autres classes tout au long de l’année scolaire, les Franciliens sont invités encore une fois à se lever, à se rendre à la Philharmonie, et à ne pas s’asseoir ! Une vie de héros nous attend !
À Lire également : Étincelles espagnoles au Festival Ravel
Photo de Une : Philharmonie de Paris CC 4.0 Gode Nehler


