AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalAnima Eterna : Beethoven à tous les vents

Anima Eterna : Beethoven à tous les vents

CONCERT – L’ensemble à vent Anima Eterna fait de la tradition de l’arrangement pour harmonie un outil de médiation qui met la musique classique à l’épreuve des mots et des publics.

Monsieur Loyal au contrebasson

S’il est un instrument roi, arbre-maître enraciné au milieu de sa forêt d’instruments à vent, c’est bien le contrebasson, impressionnant, tant par sa taille que par sa gravité. Il est manié, avec enthousiasme et métier, par Antoine Pecqueur, seul français d’une « troupe » internationale, actuellement en résidence au Concertgebouw Brugge. Chaque interprète est présenté nominalement et géographiquement, interpellé et questionné par l’animateur, à propos de la spécificité de son instrument d’époque, copie fidèle du dix-neuvième siècle : hautbois, clarinette, basson et cor par deux, sous-tendus par une basse/base fondamentale. 

Un grand écran permet de zoomer sur tel ou tel musicien ou de projeter telle ou telle vidéo, afin d’augmenter le spectacle, d’en parfaire la dimension pédagogique. L’apothéose, non pas de la danse (d’après la formule de Wagner à propos du final de la 7e symphonie de Beethoven) mais de l’image, en est la version pop-rock de Johnny Halliday et Philippe Labro, « Sur un air de Beethoven », témoignant, d’après l’animateur, de l’arbitraire des frontières entre musique populaire et savante. La transcription pour octuor à vent et contrebasse – à vent ou à corde -, de fait, est un geste démocratique, qui permet à la musique d’être écoutée par tous, en plein air, depuis les flonflons des kiosques à musique. 

© Alex Vanhee
Vent debout !

La 8e sonate pour piano de Beethoven, qualifiée en son temps, de « pathétique » est sélectionnée par l’ensemble pour sa dimension moderne, révolutionnaire, entre classicisme et romantisme, et sa notoriété d’époque qui lui a valu d’être transcrite par le compositeur lui-même. Le résultat sonne chaud, palpitant et harmonieux. Le souffle collectif apporte une dimension expressive supplémentaire à la version piano, rendant notamment les silences pleins et habités. Les textures de Beethoven bénéficient des timbres différenciés pour ajouter de la lisibilité à la partition d’origine. Les développements mélodiques sont confiés aux bois aigus, brillants et nacrés, les scansions harmoniques aux cuivres, vifs et explosifs, le remplissage aux teintes boisées des bassons. Un ballet secret de regards entre les protagonistes assure une synchronie experte, déjà si délicate à obtenir avec les dix doigts au piano. Le résultat d’ensemble fait penser à de la photographie d’art, en blanc et noir, au grain velouté et transparent.

À lire également : Beethoven par Jordi Savall, un retour aux sources
Symphonie, vent en poupe

La septième symphonie de Beethoven se voit présentée mouvement par mouvement, le dispositif de médiation mettant la parole à contribution selon une conception du concert en rupture avec le format muet et silencieux propre à notre modernité. Mais il correspond, paradoxalement, à la manière de vivre le concert à l’époque de Beethoven, moment de convivialité, d’échange et d’expression des publics. La concordance des temps semble être la finalité du projet d’Anima Eterna, ensemble bien nommé. Le grand, celui de l’ensemble symphonique, est ramené au petit, celui de l’ensemble de chambre, tandis que l’oreille s’habitue, retrouve dans les battements acoustiques les plus subtils, les trésors d’écriture de Beethoven, sa science de la formule rythmique et de la transition notamment. Des exercices de clapping sont proposés au public, par le corniste canadien, spécialiste en la matière. L’audience s’approprie concrètement les modes rythmiques, dactyle et spondée, qui construisent le thème du deuxième mouvement. Ce fameux allegretto, donné en bis à l’issue du concert, comme pour la création de la symphonie.

La musique de Beethoven, ainsi, se coule dans la petite et grande harmonie, pour le plus grand plaisir d’un public dont l’oreille et le regard, ainsi instruit, goûte aux mille et unes délicatesses des sonorités extraites des embouchures, des becs et de leurs anches, simples ou doubles, toutes mises au service de l’arrangement. 

Demandez le programme !

  • L.V. Beethoven – Sonate pour piano en do mineur “Pathétique”, 1er mouvement : allegro molto e con brio (arr. pour ensemble d’harmonie)
  •  L.V. Beethoven – Symphonie n°7 en la majeur (arr. pour ensemble d’harmonie)
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