COMPTE-RENDU – L’ensemble La Tempête dirigé par Simon-Pierre Bestion ouvre le week-end consacré à la musique chorale à la Cité de la Musique (Philharmonie de Paris) dans un programme brouillant les pistes de l’espace et de la temporalité :
Deux amies sur un scooter. Direction Porte de Pantin. Dialogue :
– Dis-moi, Comment « faire de la musique de la façon la plus innovante possible » ?
– On va assister à un concert de l’ensemble La Tempête dirigé par Simon-Pierre Bestion et tu vas en avoir ton comptant.
Salle des concerts de la Cité de la Musique :
– Voilà le programme.
– La Messe de Notre-Dame de Guillaume de Machaut, la Messe d’Igor Stravinsky, des Cantigas d’Alfonso X El Sabio et de Maurice Ohana. Ça me semble un joli bazar ! Tout est mélangé : musique médiévale, musique du XXème siècle, œuvres sacrées, musique profane.
– C’est la marque de fabrique de l’ensemble. Simon-Pierre Bestion « aime l’idée de désorienter l’auditeur dans les époques ». Mais ce bazar est en fait très organisé. Toutes ces œuvres sont en lien car c’est après avoir découvert la Messe de Notre-Dame de Machaut (XIVe siècle) que Stravinsky a composé la sienne. Et les Cantigas de Maurice Ohana se réfèrent directement à celles d’Alphonse le Sage composées au XIIIème siècle.
– Le rack de percussions sur la scène, ce n’est donc pas qu’un concert vocal ?
– …
– Ça commence ! La lumière baisse. Je me demande bien comment vont s’installer les musiciens dans ce noir total ? Regarde, un halo de lumière et le chef apparaît face à nous. Wahou ! La musique surgit de partout : les voix, les vents et les percussions !
– Chut maintenant ! On discutera à la fin du concert.
1h30 plus tard :
– Alors, tes impressions ?
– Je suis sous le choc ! Je ne savais plus où donner de la tête. Un vrai tourbillon sensoriel. La musique, les éclairages, les projections, l’odeur de l’encens… pas besoin d’aller au Stade de France écouter Mylène Farmer pour assister à un grand spectacle !
– Tu as raison, les effets de spatialisation sont vraiment réussis. On est cernés par les voix et les instruments à vent.
– Par moment je ne savais même plus d’où les musiciens intervenaient. Ça soufflait de partout ! Et leur déplacement en procession chorégraphiée, certainement pas évident pour les instrumentistes.
– Pas évident, d’ailleurs, il y a eu quelques décalages au démarrage, et puis tous se sont mis sur la pulsation du chef.
– Ce chef est incroyable à regarder. Il fait des grands gestes pour indiquer les départs, les coupures, les phrasés.
– Il est aussi pluridisciplinaire. En plus de la direction musicale, il s’occupe de la conception, des arrangements et de la mise en espace et scénographie.
– C’est donc lui qui a eu cette idée de suspendre cette structure circulaire, comme un gong, sur lequel sont projetées des images de Saints et d’anges et qui se retourne pour devenir un soleil vif ?
– Oui, et il est secondé par Florian Delattre et Florian Aussedat, pour la création lumière et la scénographie. Tu as remarqué que ce gong devient solaire à partir des Cantigas. On ressent la chaleur de l’Espagne. Avec la rythmique des tambours, le rituel liturgique des messes se transforme en une sorte de fête païenne.
– Et les chanteurs du groupe sont impressionnants. Quand on les entend individuellement, on est transporté ailleurs. La basse profonde (Jean-Christophe Brizard) semble tout droit sorti d’une église orthodoxe, l’alto Mathilde Gatouillat des champs en Italie…
– Et quand toutes ces voix se réunissent, le son est éclatant.
– On a l’impression d’un chœur très important alors qu’ils ne sont que 26. Les sopranos sont incroyables aussi. Leurs voix sont puissantes et droites et toujours justes. Et du côté instrumental, je n’avais jamais entendu la musique de Stravinsky sur des instruments anciens : cornets, saqueboutes, bassons et chalemies…
– Très original en effet. Du coup, les transitions entre la musique de Machaut et celle de Stravinsky étaient fluides, et même quelques fois on ne savait plus très bien laquelle était jouée.
Sortie de la salle. Autour d’un verre :
– j’ai la musique de la Cantiga qu’ils ont reprise en bis dans la tête : « Santa Maria, strela do dia ». J’avais vraiment envie de participer à la fête. Le chef a dû le sentir, il nous a fait taper dans les mains et à la fin tout le monde était debout. Standing ovation pour La Tempête !
– Alors ton avis sur la proposition de concert de La Tempête ?
– Originale et formidable ! Maintenant j’ai hâte de lire ton compte-rendu pour Ôlyrix.
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