Le printemps bordelais d’Edgar Moreau

CONCERT – Bordeaux avait rendez-vous avec son directeur musical, Joseph Swensen, et avec une des têtes d’affiche de l’instrumental français : le violoncelliste Edgar Moreau, pour un programme qui donne toutes ses couleurs au printemps, en pleine grisaille de novembre.

Le programme donne à penser : « Printemps ». Qu’est-ce que ce mot veut dire en musique ? Le printemps piaillant de Vivaldi ? Les jolies fleurs un brin nunuches de Fauré ? Si on creuse un peu, on peut trouver mieux : pourquoi ne pas y voir la naissance de genres nouveaux, comme le concerto classique qui, dans le premier concerto pour violoncelle de Haydn voit ses canons émerger de la virtuosité baroque ? Un mouvement lent et poétique, des cadences savantes et écrites (même par Britten, deux siècles plus tard). Promesse aussi de la deuxième partie, avec un Schumann qui, loin d’être une jeune pousse au moment de sa première symphonie (1841), se lance pourtant dans l’aventure d’une partition pour orchestre complète, et alors ses propres doutes sur sa capacité à assumer l’héritage de Beethoven fondent comme neige au soleil. Au cœur de l’automne bordelais, là est le Printemps.

Ligne claire

On avait laissé Joseph Swensen sur un répertoire collectif et grandiose : sa Ring Odyssée et sa neuvième de Beethoven. Mais la façon dont il réagirait à l’ajout d’un soliste de renom dans un concerto à l’esprit intime, où le dessin en ligne claire importe plus que l’effet de masse était encore en germe dans cette première saison avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Floraison accomplie dans la première partie, où on découvre une souplesse de tempo, une capacité à prendre le vent dans la direction qui vient. Le chêne devient saule, plongeant ses racines dans un ruisseau au débit inaltérable d’un Haydn au point de jonction entre baroque et classique.

Archet fervent

Edgar Moreau aime visiblement se baigner dans cette eau-là. En poisson pilote, il déroule son archet vif sur toute la tessiture, de temps en temps à contre-courant, mais toujours présent au moment, sans se laisser déconcentrer par les accents saillants que lui renvoie l’orchestre. Ce concerto de Haydn est autant une baston qu’une discussion, mais celle qui en sort gagnante, c’est toujours la musique ! En parlant de victoire et de musique, on se dit qu’Edgar Moreau n’a pas volé les lauriers qu’on lui a attribués en 2013 et 2015.

À lire également : Une Histoire de violoncelle (et d’URSS)

Le Printemps de Schumann n’est pas qu’une image légère de gazouillis chantants : c’est aussi la promesse d’un compositeur de l’intime sensible de s’inscrire dans le grand élan symphonique soufflé par Beethoven quelques années plus tôt. Un vent frais et vigoureux qui souffle sur tout l’orchestre avec une énergie folle. Et ça, Joseph Swensen l’a bien compris : loin de calmer le jeu, il attise la folie du Scherzo, avance dans le premier mouvement et y déploie des trésors de lyrisme devant un Orchestre National Bordeaux Aquitaine profond et inspiré. Le printemps est loin à Bordeaux, certes, mais avec cet attelage le public girondin a largement de quoi passer l’hiver !

Demandez le programme !

  • C. Olivares – Blue Spine
  • J. Haydn – Concerto pour violoncelle n°1 en ut majeur
  • R. Schumann – Symphonie n°1 en Si bémol majeur, « Le Printemps »
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