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Pousseur face à Boulez : série, fais-moi peur !

LIVRE – À l’occasion du centenaire de Pierre Boulez, les éditions Contrechamps publient sa correspondance, des écrits inédits et entretiens avec Henri Pousseur, compositeur belge qui explora avec lui les possibilités d’une nouvelle musique affranchie des lois de la tonalité.

Fer de lance de la modernité musicale, Henri Pousseur rencontre en 1951 (à 21 ans) Pierre Boulez, de quatre ans son aîné. Il partage avec lui une radicalité tranchante pour réinventer le langage musical à travers le sérialisme, musique s’affranchissant de la hiérarchie de l’harmonie tonale en utilisant les douze notes de la gamme chromatique de manière combinatoire. Les deux compositeurs vont développer une correspondance dense et ardue pendant une vingtaine d’années, pendant lesquelles ils explorent les possibilités du système sériel à travers le renouvellement du matériau musical tout en questionnant les possibilités du domaine électro-acoustique et de la forme ouverte.

Fin de série ?

© Éd. Contrechamps

Mais tandis que Boulez approfondit son écriture luxuriante faite de dérivations organiques, au mitan des années 1960, Pousseur s’attèle à ré-enchanter le passé en réintégrant l’histoire de la musique dans ses œuvres qui deviennent plus mélodiques. La rupture se fait en 1971, quand Boulez n’admet pas que Pousseur puisse admirer Agon, une pièce pourtant en partie sérielle de Stravinsky. « Vos émerveillements à propos d’Agon me confirment bien que nous n’avons absolument plus rien à nous dire. »

Déjà dans les années cinquante, Stravinsky était un point d’achoppement entre les deux compositeurs, quand Pousseur alors en permission pendant son service militaire découvre The Rake’s progress. « Suis-je, de par ma militarisation, devenu un crétin ? Ça ne m’a pas déplu ! Bien sûr ça n’est pas la « musique de mon cœur », mais c’est de la musique, j’y ai trouvé de fort belles choses (surtout au troisième acte). Ne serait-ce point (comme cette très belle église gothique du XVIe siècle qu’il y a à Liège) un « chef-d’œuvre décadent » ? » La réponse de Boulez sera cinglante, au diapason de la virulence imagée propre à son registre satirique : « Ce n’est pas du gothique du XVIe siècle. Mais bien du béton armé à des fins de villa Renaissance pour bourgeois parvenus. La nostalgie de l’histoire est bien redoutable ! Moi, je n’y trouve que du laid ; c’est le musée Grévin, salles des miroirs déformants. Mais il n’y a plus de visiteurs ; ce sont les cires elles-mêmes qui sont placées en face des miroirs. »

Le tourbillon de la vie

Finalement de l’eau va couler sous les ponts, Boulez gagnant en humanité et en ouverture d’esprit avec le temps, et les deux amis vont se réconcilier, quand le pape de la musique contemporaine ouvrit les portes de l’Ircam au condisciple de sa jeunesse fiévreuse. En 1999, Boulez reconnaitra enfin la démarche que prit Pousseur dans son second style intégrant des éléments de l’histoire de la musique. « Vous savez combien loin de ma pensée se trouvent les chefs-d’œuvre du passé. L’interprète en moi les éloigne du compositeur. C’est pourquoi j’admire votre travail, dont je serai incapable de m’approcher en tant que processus de création. L’histoire, si je puis dire, je la liquide autrement. Et quand je dois écrire, je l’élimine complétement de mon horizon (…). »

À lire également : Boulez vs Souvtchinsky : l’avant-garde sans filtre (livre)

Compagnon de cordée de Boulez dans l’exploration de la musique sérielle et aléatoire, Pousseur lui aura toute sa vie manifesté une fidélité admirative. Leurs lettres témoignent tout à la fois de l’ardeur ténue et minutieuse pour identifier les possibilités d’un nouveau langage musical mais aussi d’une aventure humaine alternant fusion des engagements, divergences et réconciliation. 

Pourquoi on aime ?

  • Pour mieux comprendre la radicalité de la musique contemporaine
  • Pour découvrir Henri Pousseur, un compositeur original et inclassable
  • Pour approfondir ses connaissances de l’histoire de la musique

C’est pour qui ?

  • Pour les étudiants, les musiciens, les mélomanes motivés
  • Pour les amateurs des avant-garde artistiques
  • Pour ceux qui s’intéresse à l’histoire culturelle de la seconde moitié du XXe siècle
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