Ozone aux Jacobins : jazz au couvent

FESTIVAL – À Toulouse, le mardi 9 septembre, lors du festival Piano aux Jacobins, la majestueuse salle capitulaire du Couvent des Jacobins se transforme en véritable cage sonore. Piano planté au fond, lumières bleues en arrière-plan : tout est en place, il ne manque plus que le showman.

C’est alors qu’apparaît Makoto Ozone, qu’on pourrait appeler « l’Elvis du jazz » — costume argenté qui brille comme une boule à facettes, coupe flamboyante, deux longues queues de sa veste glissant derrière la chaise. L’excentricité pointe déjà le bout de son nez…

L’habit de fait pas le moine

Le public, venu sans attentes précises (le programme n’annonçait rien de plus qu’« une carte blanche jazz »), s’apprête à recevoir une claque musicale. Première surprise : Ozone se jette dans une improvisation avec un motif en boucle inspiré par la musique sérielle, qu’il déforme dans un idiome résolument jazz. Le procédé (il le ressortira plusieurs fois dans la soirée) est comme une recette secrète. Les spectateurs, encore surpris, applaudissent à peine qu’il repart déjà sur Dancing on my New Shoes, un jazz louisianais aux parfums de dixieland où chaque main répond à l’autre.

Entre deux morceaux, Ozone parle. En anglais, évidemment, mais toujours avec humour et légèreté. Il confesse que sa première pièce n’était même pas prévue, seulement soufflée par l’inspiration des lieux. Il prend soin d’expliquer chaque œuvre, glisse même quelques invitations à danser (hélas restées lettres mortes, même si la salle, elle, semblait prête).

Vitraux en noir et blanc

Le programme devient une sorte de kaléidoscope musical : Rolling Tales et France (issus de son album) représentent son jazz « pur jus » ; Lolà’s Dream lorgne vers Piazzolla et le nouveau tango, avec ses contrastes de brutalité et de délicatesse, faisant jaillir du piano tout un spectre sonore, du plus ténu au plus explosif. À d’autres moments, on croirait entendre Bartók ou Bach, tant les bases rythmiques, modales ou harmoniques rappellent les classiques, avant d’être éparpillées par une improvisation débridée.

L’actualité n’est pas en reste : Need to Walk, écrit pendant le Covid, déborde d’énergie électrique, tandis que Pandora, conçue avec le saxophoniste Branford Marsalis, enrichit encore le panorama. Ozone aime aussi jouer avec le public : il laisse traîner des cadences inachevées, attend les rires, feint de conclure ou de ne pas conclure. Bref, il improvise autant sur la musique que sur l’ambiance.

Sa Majesté le jazz

Et même si personne ne risque de danser, la salle frémit. La majesté du Couvent des Jacobins se voit transfigurée par cette déflagration sonore : la solennité du récital classique laisse place à une atmosphère rafraîchissante, libérée, électrisée. Dans cette spirale d’énergie, Ozone va jusqu’à transformer le sol en percussion, y ajoutant des effets rythmiques avec ses pieds et claquements de mains, tout en repoussant le piano à ses limites. Le public oscille entre rire et émerveillement. 

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Puis vient le bis, très attendu, qui prend tout le monde à contre-pied : Hymn to Freedom d’Oscar Peterson, hommage au maître qui aurait eu cent ans cette année. Une pièce contemplative, paisible, offerte comme une manière de dire au revoir. Après l’orage, le calme — et un adieu empreint de solennité, qui conclut la soirée dans une émotion suspendue.

*Image de Une gracieusement mise à disposition par Jimmy Baikovicius (Flickr)

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