DANSE – Le Park Avenue Armory de New York reçoit le créateur et danseur Trajal Harrell pour Monkey Off my Back or the Cat’s Meow, un spectacle qui explose les codes du genre, et des genres. Les performeurs du Zürich Dance Ensemble se lancent alors dans un défilé de modes et de styles devant une assemblée médusée.
Casser les codes
À l’image du spectacle lui-même, les créateurs de cette soirée bien spéciale forment une assemblée éclectique : une chercheuse en sociologie du genre berlinoise (Laura Paetau), un spécialiste de la danse en motion-capture (Tobias Staab), un DJ entre grandes marques de luxe et minimalisme (Asma Maroof), un ancien architecte reconverti sur scène (Erik Flatmo), un technicien lumière qui se rêve géologue (Stéphane Perraud), et bien sûr l’indéfinissable Trajal Harrell lui-même, chorégraphe qui est devenu culte en faisant se rencontrer le « vogue », danse inspirée de la mode devenue l’étendard des communités homosexuelles black aux Etats-Unis, et le post-modernisme de la Judson Church, Mecque hippie de la danse contemporaine.
Sur scène, les interprètes sont tous choisis par Trajal Harrell pour sa propre compagnie avec un soin méticuleux : loin de bien des standards en danse, les personnalités (on aurait honte de parler seulement de danseurs) se révèlent tour à tour, montrant une identité physique qui va au-delà de la simple apparence, mais devient un trait technique (le butoh de Stephen Thompson) ou une manière de nouer sa robe (Christopher Matthews). On aurait tort, aussi, de ne pas mentionner la grâce de Jeremy Nedd.
Mondrian
Trajal Harrell choisit pour son spectacle hybride une œuvre en toile de fond, ou plutôt en toile de sol, une « composition » de Mondrian. Malgré son aspect composite, l’œuvre du chorégraphe invite pourtant à son opposite intellectuel, la composition comme organisation. Les danseurs évoluent alors à la manière de top-models étranges, rêvant à briser le canevas d’un ordre bien trop établi.
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On bascule alors constamment d’un genre à l’autre, du défilé… au défilé (para)militaire, et des lois artistiques au chaos de la désobéissance, avec dans l’oreille la Déclaration d’indépendance américaine et son invitation au sabotage discret. Les ennemis ont bien changé, mais le message semble rester le même : si la danse se fait ici un peu politique, ce n’est très certainement pas uniquement une mode.

