COMPTE-RENDU – L’Opéra de Paris poursuit sa nouvelle et très attendue production de la Tétralogie Wagnérienne mise en scène par Calixto Bieito et dirigée par Pablo Heras-Casado. Nous nous demandions précédemment s’il fallait investir dans L’Or (du Rhin), alors, on en est où désormais avec La Walkyrie ?
Bon tout d’abord on vous le rappelle comme on l’avait fait au précédent épisode : AVERTISSEMENT – Ce texte ne constitue en aucun cas un conseil en placement quel qu’il soit…* et on vous met la suite comme il est de coutume dans ces cas-là, dans une toute petite note en bas, en astérisque (et périls).
Donc où en sommes-nous dans cette production du Ring, comment les choses ont-elles évolué depuis la dernière fois ? Alors là encore il ne faut pas regarder l’évolution des cours avec une loupe, en zoomant sur les écarts depuis quelques semaines ou quelques mois seulement, il faut regarder l’évolution globale, il faut même remonter au milieu du XIXe siècle : à ce moment-là si vous aviez misé sur Wagner c’était le jackpot ! vous entriez dans l’histoire (c’est ce qui est arrivé à ce fou de Louis II de Bavière). Et si ces satanés droits des artistes n’étaient pas si courts, vos bénéfices seraient montés jusqu’au Walhalla avec cette Walkyrie : et oui même le nom du fromage La vache qui rit vient de là, et puis il y a bien sûr cette immortelle utilisation de la Chevauchée des Walkyries transposée avec des hélicoptères de la Guerre du Vietnam par Coppola dans le film Apocalypse Now (Bieito y fait même un clin d’œil avec des images d’avions de chasse pendant le gloubi-boulga de stock photos et vidéos sur la chevauchée).
Big Wotan is watching
L’Apocalypse, elle est omniprésente dans cette production : le data center qui surgissait du sol dans L’Or du Rhin est aussi un abri du monde extérieur entièrement contrôlé par les caméras de surveillance et empoisonné au point qu’il faille mettre combinaison et masque à gaz pour sortir. A priori c’est pas bon pour le commerce tout ça, mais bon il suffit de se reconvertir dans le business des armes à feu (indispensables désormais pour se protéger et pour chasser).
L’Apocalypse est donc bien là, le Now aussi en partie, cette vision de la Tétralogie étant franchement de l’ordre de la dystopie techno-survivaliste… mais en fait pas si loin malheureusement des dangers de notre monde. D’autant que l’idée d’installer Wotan dans une des cases de ce data center, bardée de câbles, depuis laquelle il peut tout surveiller, semblera désormais bien familière, et pas seulement pour qui a lu Orwell. Là aussi, le marché de la surveillance est florissant. Bon, par contre il faut aimer passer 5 heures (allez, auxquelles on enlève les entractes) à regarder son armoire électrique. Et certains choix artistiques (peut-être aussi financiers) sont franchement d’un impact cruellement inférieur à la valeur de cet opéra (notamment la fin, les flammes du feu magique protégeant La Walkyrie étant réduites à un peu de lumière orangée sur de la fumée).

L’Apocalypse est là, le Now aussi, et le Wow ? et bien ça dépend… les indices sonores de la soirée sont franchement très volatiles, passant régulièrement du très haut au très bas, sur tous les plans. Musicalement, la fosse subit un krach au premier acte, le niveau s’étant effondré depuis L’Or du Rhin (les entrées manquent de synchro, les cuivres manquent de justesse, les solos manquent presque de tout : matière, texture, lyrisme). Heureusement l’indice de la fosse remonte en flèche à l’Acte II (le plus applaudi), la vive amplitude de la baguette du chef se faisant également plus précise, mais l’Acte III sombre à nouveau.
Fibre optique et lyrique
Les valeurs refuge sont alors à trouver sur le plateau vocal, qui réunit non seulement des valeurs sûres mais des opportunités d’investissement plus que prometteurs. À commencer par Stanislas de Barbeyrac en Siegmund qui, s’il continue à s’investir ainsi sans peur et sans reproches, finira à la BCW (la Banque Centrale Wagnérienne : Bayreuth).

Tamara Wilson en Brünnhilde monte pour sa part en flèche au cours de la soirée, assumant même d’abord le ridicule de chevaucher un cheval bâton (peut-être voulu par la mise en scène pour souligner sa jeunesse, mais qui ne trouve pour effet que les rires du public), pour ensuite dominer le plateau dans sa tenue de commando.

Elza van den Heever domine pour sa part les aigus (jusqu’aux immenses tenues) mais avec aussi des graves installés en Sieglinde (comme si elle avait trouvé la clef de la barbell strategy, avec les résultats élevés mais sans les risques, apparemment en tout cas).
Et puis il y a ces valeurs autrefois volatiles et désormais sûres, comme la Fricka d’Ève-Maud Hubeaux, idem pour Günther Groissböck en Hunding.
Et que dire du remplacement du remplaçant de Ludovic Tézier en Wotan : Iain Paterson dont la cote était au plus bas, par Christopher Maltman (d’autant qu’il gagne en ampleur, un peu trop même) ! difficile de faire mieux en cette première en terme d’arbitrage d’obligation.
Enfin, les autres Walkyries tenteront les boursicoteurs, car même si leurs interventions sont brèves en salle de marché et malgré leurs tenues commando aussi, on repère tout de suite les placements vocaux les plus prometteurs et même la voix à suivre : Laura Wilde en Ortlinde réunissant les qualités de ses sœurs Walkyries et faisant l’équilibre.

Bilan des courses… un Ring qui a visiblement la cote en salle (les artistes sont acclamés) et pourtant toujours aussi volatile malgré le cours de l’or, qui suivra son cours justement. Il faudra voir où tout cela nous mène : si la mise en scène continue aussi de prendre des libertés parfois antinomiques avec le livret, parfois intéressantes, et si les portes ouvertes dans ces deux premiers épisodes trouvent des suites logiques dans les deux derniers… la réponse Biei(n)to.
* AVERTISSEMENT – Ce texte ne constitue en aucun cas un conseil en placement quel qu’il soit (d’autant qu’on est plutôt bien placés partout à Bastille) : toute décision d’investir dans le prix d’un billet d’opéra et votre temps de loisir disponible pour la nouvelle production de la Tétralogie signée Calixto Bieito à la bourse de (l’Opéra de) Paris vous appartient exclusivement, et doit être le fruit d’une analyse des marchés… ce pour quoi nous pouvons vous offrir une information pédagogique, ni plus ni moins et en déclinant toute responsabilité sur votre goût personnel

