AccueilA la UneFred Pellerin et l’OSM : un conte de Noël en format symphonique

Fred Pellerin et l’OSM : un conte de Noël en format symphonique

COMPTE-RENDU – Le 17 décembre 2025, l’Orchestre Symphonique de Montréal ressort l’un de ses rituels les plus attendus : le traditionnel conte des Fêtes de Fred Pellerin. À la baguette, Kent Nagano ; au micro et à l’imaginaire, Fred Pellerin ; à la mise en scène, René Richard Cyr. Pas d’entracte, mais un dispositif scénique déjà très loquace avant même la première note.

La salle est plongée dans un bleu électrique. Au-dessus de l’orchestre, une immense boule de Noël flotte comme une épée de Damoclès festive, hérissée de cloches prêtes à s’ébrouer. À gauche du chef, on devine l’assise du conteur ; à droite, un village miniature annonce d’emblée la couleur : ici, on va raconter, montrer, détourner. Même les caméras, bien visibles, participent à la chorégraphie de la soirée, la captation sera diffusée sur quatre canaux différents, preuve que ce format est désormais bien rodé.

© Antoine Saito
Wagner sous la neige et Adams en rodéo

L’entrée conjointe de Kent Nagano et Fred Pellerin donne le ton : chaleur, complicité, et une atmosphère immédiatement accueillante, malgré le froid hivernal laissé à l’extérieur. Les lumières virent au rouge rosé, puis la musique s’élance avec l’Entrée des dieux au Walhalla de Wagner. Sur la boule suspendue, les visuels se métamorphosent en océan mouvant, traversé de faisceaux blancs. La musique, ici détournée de son sens premier, devient matériau narratif au service du conte, et le pari fonctionne étonnamment bien. Les nuances wagnériennes restent souples, jamais écrasantes, avec une belle entente entre cordes, vents et cuivres.

Fred Pellerin ne quitte pas la scène pendant les œuvres. Il écoute, observe, respire avec l’orchestre, comme un pupitre supplémentaire invisible. À chaque fin de morceau, chef et musiciens remercient le public, installant une relation presque familiale avec la salle.

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Très vite, Pellerin délaisse le conte traditionnel pour ce qu’il appelle lui-même une « conférence symphonique » : un mélange de stand-up, de digressions faussement improvisées et de souvenirs bricolés. Mais derrière l’humour se cache une mécanique redoutable : le rire prépare le terrain à l’émotion. Une corde descend du plafond, les cloches tintent, et le public est déjà pris au piège.

Un spectacle en crescendo

À chaque nouvelle œuvre, les lumières mutent, les projections se complexifient, et la synchronisation avec la musique gagne en précision. Cette septième édition du format confirme que le public est fidèle, et intergénérationnel : autant de têtes grisonnantes que de jeunes visages attentifs.

Dans Short Ride in a Fast Machine de John Adams, la mécanique se grippe légèrement : les changements de métrique et les pulsations percussives manquent parfois de netteté. Kent Nagano adopte alors une battue ample et très stricte, indispensable pour maintenir l’édifice debout. Cette rigueur s’assouplit heureusement dans l’Hymne à la joie de Beethoven, aidée par un moment burlesque devenu instantanément culte : une simulation de match de baseball entre le chef et le conteur, baguette contre balle invisible. 

La madeleine de Brahms

La Berceuse op. 49 n° 4 de Brahms agit comme une madeleine symphonique, suspendant le temps. On se surprend à fermer les yeux, à oublier la technologie, les caméras, la scénographie. Juste la musique, et le souvenir qu’elle convoque.

La soirée s’achève dans un enthousiasme quasi instinctif : deux standing ovations, l’une avant le bis, l’autre après. Pour conclure, « Amène-toi chez nous » de Jacques Michel, dans un arrangement de Yuliya Zakharava, chanté par Fred Pellerin avec l’OSM. Un cadeau de Noël avant l’heure, simple et fédérateur.

On ressort avec le sentiment d’avoir assisté à un objet hybride parfaitement assumé : ni concert pur, ni simple conte, mais un spectacle total où la musique symphonique devient terrain de jeu, de mémoire et de partage. Et au fond, n’est-ce pas exactement ce qu’on attend d’un conte des Fêtes ?

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