AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseIn the Brain : Last Night the Dance Saved my Life !

In the Brain : Last Night the Dance Saved my Life !

DANSE — La compagnie Shechter II prolonge une nuit de clubbing jusqu’à l’épuisement. Plus qu’un spectacle, une expérience sensorielle où l’énergie circule entre les danseurs et le public, à découvrir au Théâtre de la Ville – Les Abbesses jusqu’au 25 avril.

Avec In the Brain, Hofesh Shechter propose un prolongement de Cave, une pièce créée en 2022. Mais alors que Cave proposait un format court de 25 minutes, inspiré de l’univers du clubbing, In the Brain est une version longue, quasi doublée, et permet à l’original de gagner en densité ce qu’elle perd en fulgurance brute… Bref, une sorte de version 2.0 plus immersive, où l’épuisement des corps devient palpable. Mettez vos lunettes noires car la nuit sera blanche !

La jeunesse dans le carré VIP

Cette version longue repose en partie sur l’intensité des huit danseurs de la compagnie junior Shechter II, triés sur le volet parmi plus de 1 200 candidats. Venus d’horizons multiples et de formations différentes, ils partagent une même exigence technique et, surtout, une aptitude rare à se mettre en danger. Tous s’abandonnent sans retenue à l’état de transe qu’impose l’écriture chorégraphique de Shechter, habitant chaque mouvement jusqu’à la limite de l’épuisement. Bref, ils donnent tout sur la piste.

In the Brain par Shechter II © Todd MacDonald
Pétage de plomb

En effet, les interprètes ne dansent pas vraiment : ils lâchent prise, débordent, pulsent, martèlent jusqu’à entraîner le public dans une euphorie presque physique. Bras qui s’agitent, torsions du buste vers l’arrière, appuis ancrés dans le sol : la gestuelle de Shechter si reconnaissable se nourrit d’influences hip-hop ou krump. Quelque chose d’organique, de viscéral, traverse les corps comme un courant électrique qui se plie, se contracte puis explose. Par moments, certains danseurs s’échappent du groupe pour nous offrir des solos dans un freestyle libérateur où s’affirment leur virtuosité et leur singularité. C’est un pétage de câble organisé !

In the Brain par Shechter II © Todd MacDonald
Peut-on m’expliquer ce qu’est une rave party ?

Pour Shechter, le clubbing s’apparente à la version contemporaine de la danse folklorique. À force d’être répétés, les mouvements permettent d’atteindre un état extatique, une manière de sortir de soi, nous évitant de réfléchir. Et c’est dans ces moments que l’on peut ressentir des connexions avec le monde ancien. On pense au rituel de l’ayahuasca en Amérique du Sud, à Burning Man au Nevada ou à d’autres rites où la danse permet d’échapper, ne serait-ce qu’un instant, à la pesanteur du réel. Bref, la teuf est nécessaire pour lâcher prise, évacuer la tension, flirter avec ses pairs et se perdre. Un peu comme dans les pogos !

In the Brain par Shechter II © Todd MacDonald
Very Good Trip

Ce que propose In the Brain, c’est avant tout une expérience sensorielle : une circulation d’énergie entre les danseurs et le public, une forme de rituel collectif. On n’en retient pas forcément des images précises ni des mouvements marquants. Reste plutôt une sensation diffuse, persistante, celle d’avoir été embarqué dans une transe commune, comme au sortir d’une nuit de clubbing, un peu étourdi, encore traversé par la musique, l’alcool et la fumée, et comme pris dans la fièvre d’un samedi soir…

In the Brain par Shechter II © Todd MacDonald
À Lire également : Damien Jalet, des râpages contrôlés au Théâtre de la Vill

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