AccueilA la UneIcônes à l'Opéra de Lyon : un pas de deux générationnel

Icônes à l’Opéra de Lyon : un pas de deux générationnel

DANSE – Pas de deux entre générations, le Ballet de l’Opéra de Lyon lève ses rideaux sur une rentrée entre héritage et création avec Icônes. Ce spectacle conçu en deux temps, et un peu plus de trois mouvements, est articulé autour de l’œuvre emblématique Dance (1979) de l’américaine Lucinda Childs et HØPE (2026) la création toute fraîche de l’italien Alessandro Sciarroni. 

Dance (is HØPE)

10 ans déjà. C’est en 2016 que Dance intègre le répertoire de l’Opéra de Lyon. Partitions chorégraphiques symétriques en trois actes, la chorégraphie de Lucinda Childs (1940-) s’adosse à la musique répétitive et irrégulière de Philip Glass (1937-), le tout capturé dans un film au montage géométrique signé Sol LeWitt (1928-2007). Celui que l’on visionne aujourd’hui est une reproduction à l’identique réalisée par Marie-Hélène Rebois avec les danseurs de l’Opéra de Lyon. Du sur-mesure lyonnais donc ! 

Entêtante, cette pièce serait presque agaçante de redondance si elle n’était pas supplantée par la maestria physique et rythmique demandée aux danseurs. Car si cela paraît simple – les motifs chorégraphiques sont au compte de 3 ou 4 tout au plus par tableau – on comprend immédiatement que techniquement ça ne l’est pas du tout. Les traversées s’enchaînent : fouettés, coupés, déboulés, jetés néoclassiques, en fondu enchaîné et travelling de caméra, parfaitement coordonnés entre danseurs sur scène et danseurs projetés. 

Dance par Lucinda Childs © Marc Domage

Un défi physique et auditif, car quand il n’y en a plus, il y en a décidément encore. Encore, trop peut-être, mais le fait est que Dance traverse les décennies avec cette même ivresse du corps monté, anglé et projeté façon cinémascope. 

HØPE (is Dance)

Jamais deux sans trois. Convoqué pour la troisième fois par le Ballet de l’Opéra de Lyon, le chorégraphe italien Alessandro Sciarroni (1976-) offre une création au réel planant et mélancolique.

Høpe par Alessandro Sciarroni © Marc Domage

Mais deux quand même, car il s’associe cette fois au chorégraphe Guillaume Richard, spécialiste français de la Line Dance. Ensemble, ils s’emparent de la Country Two Step, cette danse folklorique américaine à bottes pointues et chapeaux à bords larges. Elle devient un socle sur lequel tricotent les couples au rythme du « lent-lent, rapide-rapide », s’échangeant les rôles en duo de femmes, d’hommes, d’hommes et de femmes.

Le plateau est à nu, des flycases encadrent la piste de danse qui s’ouvre sur un brouhaha discret des interprètes. Aux discussions succèdent des nappes sonores de cordes. La musique et la danse se répondent en progression. Un danseur, puis deux, puis quatre, puis vingt. Le piano crescendo est relayé par de la guitare acoustique accompagnée par deux chanteurs qui intègrent en final ce bal populaire. Des vraies voix et leurs micros à pied, avec ce qu’elles ont de grain et de vulnérabilité.

Et en fond, un portrait géant imprimé d’un petit garçon couronné, souvenir emprunté du chorégraphe. Miroir de l’enfant intérieur qui rêve d’évoluer dans un monde radieux, la photo veille sur les danseurs comme un guide silencieux. Ce serait triste de décevoir un enfant qui rêve et espère non ?

Ils repartent enfin comme ils sont arrivés, dans la facilité des au revoir, en refermant les portes de sortie de l’arrière-scène. On esquisse un sourire, le moment se veut vrai et spontané. 

Forme de communion plus concrète avec le public, HØPE transmet l’espoir d’un monde où il semble tellement simple de faire communauté.

À Lire également : Tenir avant de céder - Avant la tempête par le Ballet de l’Opéra de Lyon
Duel ou duo ? 

Ou rupture et continuité… Le choix de cette programmation devient assez évident. Au presque désincarné des traversées mathématiques répond la chaleur des danses de groupe ancrées. Les chorégraphies jouent des gestes répétés et des duos échangés, et sont portées par la même envie, à 47 ans d’écart, de montrer une danse palpable : les danseurs sont des acteurs, filmés ou sur scène, ils représentent des symboles et le deviennent eux-mêmes.

En fait c’est simple, les danseurs sont des icônes. 

Ce spectacle sera représenté du 25 au 29 novembre 2026 à La Villette (Paris) dans le cadre du Festival d'Automne

(Pas de côté musical, qui ne déplairait possiblement pas à nos chorégraphes cités plus haut : écoutez « Illegal Hit » de Yttling Jazz et son introduction en mantra, « Listen… Dance is hope made flesh ») 

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