COMPTE-RENDU – Entre Venise et Ferrare, Lucrèce Borgia de Gaetano Donizetti fait escale à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège accueillie par son directeur musical Giampaolo Bisanti et mise en scène par Jean-Louis Grinda.
Sombre histoire que celle de ce mari fou de jalousie, le Duc Alfonso d’Este de Ferrare, qui soupçonne son épouse Lucrezia de le tromper avec le jeune Gennaro, en fait le fils abandonné qu’elle a retrouvé, sans se découvrir, à Venise.

Mon fils, ça bataille
Jean-Louis Grinda en propose une lecture littérale, au fil du récit, dans des décors de Laurent Castaingt servant de supports à des projections, et une foule de madonnes à l’enfant pour symboliser le nœud de cette intrigue (et même par deux fois un angelot aux ailes lumineuses, incarné par un enfant tremblant et hésitant).

Les costumes de Françoise Raybaud, de style renaissance, glorifient Lucrezia et revêtent les hommes de tous bords de vêtements sobres, avec force cuir noir, alliage désormais bien traditionnel du pouvoir et de la violence. Les lumières utilitaires laissent maintes fois les visages des protagonistes dans l’ombre.
Giampaolo Bisanti, survitaminé, fait souvent tonitruer son Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, couvrant alors quasiment toutes les voix des rôles secondaires et même parfois le chœur pourtant bien préparé par Denis Segond.
La figure tragique et déchirée de Lucrezia est incarnée et relevée comme telle par Jessica Pratt, qui, bien que littéralement souffrante aborde avec vaillance ce rôle périlleux et pyrotechnique, jusqu’à retrouver au second acte l’énergie utile. La voix flotte avec aisance, avec un timbre lumineux, et de somptueux pianissimi. Les accents tendres du début cèdent la place aux menaces, puis aux rugissements de la mère blessée.

Le ténor Dmitry Korchak prête une voix très sonore et virile au jeune Gennaro, avec cependant une présence scénique déconcertante, transpirant le mal être plus que l’incarnation. La basse Marko Mimica incarne avec autorité le Duc Alfonso d’Este, d’une voix sonore, longue et percutante tandis que Julie Boulianne incarne le rôle travesti de Maffio Orsini avec une voix d’alto sombre et veloutée mais souvent couverte.

L’adhésion enthousiaste du public le rappelle : vox populi, vox Donizetti…
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