AccueilA la UneDu silence à la lumière avec Cage à la Fondation Louis Vuitton

Du silence à la lumière avec Cage à la Fondation Louis Vuitton

COMPTE-RENDU – À l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton, dans le cadre du cycle Piano Nouvelle Génération, le jeune pianiste Valentin Malinin consacrait son récital à John Cage. Un programme radical, visuel autant que sonore, qui transforme peu à peu le froid expérimental en expérience presque solaire.

Froid d’entrée

La salle est plongée dans une lumière bleu clair, glaciale. Le pianiste entre dans le noir, silhouette fermée, attitude presque austère. Le ton est donné. Les premières œuvres explorent l’étendue du clavier, du grave à l’aigu, dans une écriture dissonante. Pas de mélodie rassurante. Pas d’effet décoratif. On est dans la matière sonore. Chez Cage, le piano n’est pas qu’un instrument mélodique. C’est un objet à explorer. Les contrastes dynamiques sont nets. Les attaques sèches. Le jeu traverse le clavier comme un faisceau, parfois abrupt, parfois suspendu. L’ambiance reste volontairement distante.

Rouge mécanique

Puis la lumière change. Le bleu laisse place au rouge. Le pianiste joue désormais dans le piano. Il touche les cordes, les pince, les effleure. Le public se penche. On entend des sons percussifs, presque métalliques. Le timbre se transforme. C’est le principe du piano préparé : des objets placés entre les cordes modifient la vibration. Le piano devient autre chose. Une basse claire. Un instrument à cordes pincées. Par moments, le son évoque le gamelan indonésien, cet ensemble de percussions métalliques aux résonances hypnotiques. La surprise est réelle. Malinin ne se contente pas d’exécuter. Il joue aussi avec son corps. Les gestes sont précis, théâtraux sans excès. Chaque déplacement dans l’instrument devient un moment scénique. Le récital prend une dimension presque performative.

Soleil tardif

Dans la dernière œuvre, le décor bascule encore. Un spot jaune éclaire le pianiste. La musique change de climat. La ligne devient plus douce, presque chantante. Après les textures glacées et les tensions mécaniques, voici une matière sonore plus lumineuse, enveloppante. On en découvre une autre facette. Plus méditative. Moins abrasive. Le contraste fonctionne. Le concert trouve enfin une respiration.

Le silence comme point d’orgue

Puis le pianiste ferme le couvercle. Lance un chronomètre : quatre minutes et quelque. Rien ne se passe. Ou plutôt, tout se passe. Le public écoute le silence. Bruits de salle, respirations, froissements. Cage n’écrit pas l’absence de son. Il cadre l’écoute.

L’accueil reste partagé. Certains applaudissent avec enthousiasme. D’autres semblent hésiter. Mais personne ne sort indifférent. Ce récital aura proposé un parcours clair : du froid au chaud, du geste percussif à la lumière méditative, du son au silence. Une expérience exigeante, cohérente, qui rappelle que le piano n’est jamais qu’un piano. C’est un terrain d’expérimentation. Et parfois, un miroir tendu au public.

À Lire également : Journée piano aux Abbesses, les p’tits nouveaux !

Photo de Une : © Gehry Partners, LLP and Frank O. Gehry, © Iwan Baan 2014

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