COMPTE-RENDU – Quatre clavecins, un quintette à cordes et Johann Sebastian Bach : voilà de quoi déclencher une tempête baroque au Festival de Sablé-sur-Sarthe avec l’ensemble Le Caravansérail.
Ce concert “Bach dans tous ses états” aura tenu sa promesse et nous aura mis dans les nôtres, aussi.
Car ici, le clavecin n’est pas un instrument sage. Oubliez la délicatesse muséale et les salons feutrés : ce soir, l’instrument emblématique du baroque se transforme en bête de scène. Quatre clavecinistes, huit mains, quarante doigts, et même des double-claviers : ça fait beaucoup là, non ?
Non !
Pas avec une fine équipe taillée pour ce programme : Bertrand Cuiller au service de ses collègues lance des passes d’armes rythmiques où les regards valent autant que les partitions. Jean-Luc Ho hisse les traits les yeux fermés, Olivier Fortin, fortiche, arbore le calme olympien d’un funambule sur câble, Violaine Cochard a la manière d’électriser les arpèges. On les devine aussi à l’écoute les uns des autres qu’à l’écoute de Bach, dans un jeu de ping-pong effréné où personne ne perd jamais la balle. Une pluie diluvienne de croches, double-croches et autres flots d’arpèges acrobatiques.
4×4
La formule clavecin x4 n’est pas qu’un caprice de clavecinophile : elle crée un effet 3D inédit. Là où un clavecin seul bruisse, quatre clavecins rugissent, se répondent, se superposent. On croirait entendre un orchestre miniature sur ressorts. Et quand les archets de Martyna Pastuszka, Cécile Garcia-Moeller, Jérôme Van Waerbeke, Diana Vinagre et Benoît Vanden Bemden s’en mêlent, la texture devient aussi épaisse qu’un Stollen de Noël.
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Mais c’est après l’entracte que les vestes de costumes tombent. Littéralement. Les musiciens s’abandonnent à une interprétation plus libre, plus habitée. Les corps ondulent, les appuis se déplacent, les regards complices fusent. Et quand le quintette ne joue pas, on prend plaisir à regarder attentivement les partitions des clavecinistes : auront-ils tous les trilles ?
Oui !
Et le plus épatant ? Tout cela reste lisible, net, précis. Jamais une note n’éclabousse une autre. L’ensemble parvient à sculpter l’harmonie au scalpel, tout en gardant cette énergie jubilatoire, presque insolente
Bref, et sans oublier les BIS (un Concerto tant qu’à faire) on est sortis repus, rincés, réjouis. Franchement, on aurait bien piqué la DeLorean pour revivre cette soirée encore une fois… et pourquoi pas 4 ?





