AccueilDisquesAnna Fedorova : un trésor qui s’appelle Liberté

Anna Fedorova : un trésor qui s’appelle Liberté

DISQUE – Pianiste virtuose et star de Youtube, l’Ukrainienne Anna Fedorova rend hommage, dans son dernier album, à cette « Liberté » (c’est le nom du disque) dont elle connaît tant le prix. Il y est question de son pays, de la France, et même d’une Amérique qui, loin des actualités, rime ici avec jazz et « freedom ». So, let’s go !  

Elle avait déjà gravé au disque Beethoven, Chopin, Liszt, Scriabine, et puis Rachmaninoff, son chouchou, dont elle chérit tant le Deuxième Concerto (œuvre dont l’une de ses interprétations, sur Youtube, culmine à plus de 46 millions de vues !). Mais, désormais, et plus qu’à des compositeurs, voici qu’Anna Fedorova veut donc rendre hommage à… la liberté. Sacrée ambition, surtout lorsqu’il s’agit, en des temps politiques et diplomatiques si troublés, de donner à celle-ci des accents autant français qu’américains. Mais la musique n’a-t-elle pas vocation à transcender clivages et conflits ? 

Le programme de ce nouveau disque paru chez Channel Classics par la virtuose au sourire rayonnant vient se frotter à des œuvres connues ou non, et aux profils ici particulièrement variés. 

D’abord, il y a ces deux pièces concertantes qui constituent l’ossature de l’album. Le Concerto en sol de Ravel, en premier lieu, dont le mouvement central est une masterpiece à lui seul (et un calmant terriblement efficace les jours de maux intérieurs). À l’époque, c’est-à-dire il y a près d’un siècle (la fin des années 1920), ce concerto avait été commandé au père du Boléro pour les 50 ans de l’Orchestre symphonique de Boston. Un premier lien de cette œuvre avec les States, donc, l’autre étant son rapport présumé avec le jazz, genre alors naissant qui n’aurait pas laissé indifférent Ravel lors d’un séjour aux USA en 1928. 

D’un George(s) à un autre    

Ce jazz qu’aimait aussi George Gershwin, cet Américain qu’on ne présente plus, et dont la Rhapsody In Blue est la seconde grande œuvre qui figure sur ce nouvel opus d’une pianiste qui aime donc l’éclectisme. Et les autres « pistes » en apportent d’autant plus la preuve : s’y côtoient trois Préludes de ce même Gershwin, trois pièces « miniatures » pour piano seul de Germaine Tailleferre, mais aussi d’autres œuvres célébrant la liberté. Aussi, c’est bien de son pays dont il est question dans les autres pistes de cet album sans frontières : Time Peace, d’abord, une courte ode à la paix composée par l’Américain Andrew Blickenderfer, après l’invasion de l’Ukraine en 2022 ; et puis une Valse d’un compatriote de Fedorova, Myroslav Skoryk, aux teintes mélancoliques qui renvoient forcément à la triste actualité d’un conflit qui n’en finit plus de durer. Et parce que, depuis bientôt quatre ans, son pays lutte pour la sienne, c’est la bien-nommée « Ma Liberté » de Georges Moustaki que la pianiste reprend ici à sa sauce (où plutôt à celle de son père, Borys), une autre chanson française, Pierre de Barbara, faisant aussi l’objet d’une adaptation pour piano seul (signée Anna Fedorova elle-même, cette fois). 

Riche programme en définitive, avec ce lien transatlantique pour fil rouge et cette quête de liberté, liberté que prend parfois la pianiste pour proposer des visions bien à elle. Ainsi de ce concerto de Ravel, au premier mouvement abordé au pas d’un Allegramente d’abord très sage, presque en mode confession, avant de gagner en moelle sonore lorsque survient l’accelerando final. L’Adagio assai, quant à lui, est abordé sur un rythme relativement vif, avec une main gauche régulière comme un coucou suisse, le « Fedorova style » étant à trouver dans un toucher subtil, dans ce phrasé d’une soyeuse délicatesse, et dans cette manière de faire courtoisement dialoguer les notes avec la flûte, la clarinette, et bientôt le cor anglais. 

Un concerto qui envoûte, donc, jusque dans un Presto final dont le côté groovy annonce déjà Gershwin et ses Préludes, et plus encore cette Rhapsody dont un généreux glissando de clarinette puis de trompette donne ici le ton d’une interprétation hautement jazzy, avec au piano un jeu enflammé, fringuant, où notes piquées côtoient phrasés bien plus exaltés. Exaltation il faut dire largement encouragée par l’Orchestre symphonique de Castille-et-Leon conduit par Pablo González et qui, de discipliné chez Ravel, se fait chez Gershwin bien plus débridé, avec des cuivres en fusion et des percussions énergiques, quand les cordes appellent à davantage de poésie et de mélancolie. Autant de transports, ici enflammés, là presque lyriques, dont Anna Fedorova embrasse les contours, avec un jeu à la riche palette de couleurs, un pianissimo éthéré côtoyant un forte grandioso

Et s’il est question de tourment et de mélancolie, chez Blickenderfer et Skoryk, reste ce jeu magnétique, qui ne donne envie de prendre qu’une seule liberté après avoir écouté cet album : celle de rejouer ses pistes, encore.    

Pourquoi on aime :  

  • Parce qu’il n’y a pas que Khatia Buniatishvili dans la vie
  • Parce que l’Amérique dont il est ici question a de quoi faire rêver, elle
  • Parce que cette Rhapsody in Blue, on ne s’en lasse vraiment jamais   

C’est pour qui : 

  • Pour ceux qui aiment qu’on leur parle avec le cœur, comme le fait ici Anna Fedorova
  • Pour les amateurs de jazz instrumental, qui trouveront ici de quoi claquer des doigts
  • Pour ceux qui pensaient que le mot liberté n’avait plus beaucoup de sens
À Lire également : Anna Fedorova - le talent, tout simplement
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