AccueilA la UneBeethoven à distances, Pietragalla à La Seine Musicale

Beethoven à distances, Pietragalla à La Seine Musicale

CONCERT/DANSE – Deux œuvres de Beethoven et deux arts réunis mais tenus à distances.

La distance est une notion toute relative…

Parfois quelques mètres ressemblent à des années lumières. C’est vrai pour deux êtres qui s’aiment d’un si grand amour, c’est vrai lorsqu’un revêtement de danse occupe la moitié avant d’une Seine comme ici. Dans la première partie de la soirée, cette piste éloigne d’autant plus le public de l’orchestre qu’il n’y a aucune danse, celle-ci n’intervenant qu’en deuxième partie (mais elle se montre alors si proche de la musique lorsqu’elle en illustre constamment les soubresauts, qu’elle paraît d’autant plus distante du grand propos construit par Beethoven).

La distance se démultiplie ainsi, sur toute la soirée et d’emblée doublement : non seulement l’orchestre est mis à distance du public mais même du chef qui dirige au piano à queue. Si la tradition est bien établie dans l’histoire de la musique de diriger du violon ou du clavecin, un piano de concert impose une distance autrement problématique, déjà car elle empêche à l’Orchestre national d’Île-de-France de voir la majorité (inférieure et latérale) des gestes du chef lorsqu’il dirige.

Sans danse et derrière un espace vide, David Greilsammer a beau jouer et diriger de l’instrument soliste le Concerto pour piano n°3, il a beau se lever aussi et s’impliquer pleinement, son énergie se transmet de la direction au jeu pianistique mais en amoindrissant d’autant le contrôle. La proximité de deux fonctions à la fois (pianiste et chef) semble éloigner de l’une comme de l’autre, sauf quand son jeu piqué se transmet à la phalange. Et les cordes tournent d’autant mieux lorsqu’elles suivent les épaules du pianiste qui joue (plutôt que les moulinets du chef qui dirige).

À l’image de cette première partie et de cette soirée, le pianiste-chef ne trouve pas même la lumière pour saluer à la fin du Concerto : il s’avance à l’avant-scène et s’incline dans l’ombre, retourne ensuite devant son piano pour saluer en se rendant compte que la lumière s’est finalement allumée… à l’avant-scène qu’il vient de quitter.

Si loin et pourtant si loin

Le reste de la soirée reste dans ces mêmes effets de distance, entre la musique et la chorégraphie signée Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault pour le « Théâtre du Corps », et au sein même de cette danse. La chorégraphie s’éloigne de chacun des différents mouvements de la Symphonie n° 7 et de son propos global, en changeant totalement d’univers et de références discontinues, d’un mouvement l’autre et au sein de chaque mouvement voire phrasés (les billets de banque qui règnent sur le premier mouvement -dans une dénonciation déjà revue du capitalisme et sans creuser les enjeux de l’œuvre Beethovenien- sont ensuite complètement oubliés, traînant froissés par terre non pas comme un message mais comme un oubli). Les danseurs atteignent presque la synchronisation mais, dans une chorégraphie jouant tant sur des tutti synchronisés, cette distance aussi minime soit-elle déclenche une distance très importante.

© Pascal Elliott

Surtout, c’est tout un catalogue chorégraphique, toute une grammaire gestuelle très diverse qui s’enchaîne ici, depuis et jusqu’aux échos d’arts martiaux, de salutations, de yoga et de gymnastiques rythmiques, entre moulinets et enchaînements de postures.

Heureusement la chorégraphie travaille quelques contrepoints gestuels en écho à la science musicale classique, mais aussi des solos impressionnants qui fendent les airs et abolissent enfin les distances (et il est très agréable aussi d’apprécier combien le chef dirige mieux sans piano).

Enfin, certains passages aux gestes répétés sur les ostinati symphoniques transportent d’un coup dans une boîte de nuit, si loin et pourtant ici si proche : une énergie qui aura visiblement innervé le public, celui-ci ne prenant pour sa part aucune distance avec son enthousiasme. La salle pleine applaudit chaleureusement.

À Lire également : Beethoven et Jordi Savall, les maîtres se font une toile

© Pascal Elliott

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