AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalChamayou à Aix : Enfer ou Ciel, qu'importe ?

Chamayou à Aix : Enfer ou Ciel, qu’importe ?

FESTIVAL — Pour le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, Bertrand Chamayou et Jakob Lehmann, à la tête de l’Orchestre Les Siècles, nouent le lien subtil entre le Liszt concertant et le Wagner orchestrateur, dans deux directions de la musique : celle qui est orientée vers la terre et celle qui est orientée vers le ciel. C’est parti pour un Armageddon romantique !

Dès le prélude du Tristan et Isolde de Wagner, la musique se donne comme un inquiétant lever de soleil, portée par la direction de Jakob Lehmann. Les textures frémissantes comme la lumière de l’aube sont ébranlées par la gestuelle répétitive jusqu’à l’incantation du jeune chef : mouvements amples, verticaux, parfois cruciformes, qui battent la mesure comme on bat le rappel des cors. On se croirait au beau milieu d’un rituel non-identifié…

Bertrand Chamayou et l’Orchestre Les Siècles, dirigé par Jakob Lehmann © Caroline Doutre
Vous qui entrez, laissez toute espérance

Dans les deux Concertos pour piano, Liszt nous embarque dans les profondeurs. Dans le Premier concerto, le piano devient carillon, attirant et infernal, orchestre inscrit en rivalité et boîte noire percussive. Cette virtuosité — trilles acérés, octaves d’outre-tombe, trémolos démoniaques — n’est cependant pas décorative. Elle entre en dialectique avec la profondeur d’écriture et d’intention du compositeur, comme pensée, réfléchie, structurée, dans une histoire à la fois composée et vécue. Échos d’une âme torturée ?

Bertrand Chamayou et l’Orchestre Les Siècles, dirigé par Jakob Lehmann © Caroline Doutre

Le jeu de Chamayou est démoniaque à sa manière, le mouvement de ses mains nous faisant parfois perdre le fil, comme s’il était doté de quatre-vingt-huit doigts et que c’était le clavier qui le suivait, non l’inverse. Le Deuxième Concerto enfonce le clou du spectacle, avec ses hyper-graves, ses tutti menaçants d’un wagnérisme latent. Les cascades de traits pianistiques sont des rivières souterraines qui cherchent, par leur solide et lisible construction, à affleurer à la surface : c’est le Styx qui remonte !

L’empyrée contre-attaque

Puis, le concert s’oriente vers la quête du sens. Le prélude de Parsifal pose sur la scène, avec ses unissons grégoriens à la justesse délicate, comme une attente tendue : quel devenir pour la matière sonore ? L’enfouissement ou l’élévation ? La direction de Lehmann devient plus contenue, plus plastique. Le son des cloches et les lignes vocales aériennes parachèvent la liturgie sonore, comme le pendant apaisé de l’accord d’Isolde. La spiritualité transpire du jeu de Bertrand Chamayou, dans l’abandon et l’art du demi-enfoncement des touches. C’est le saut dans l’inconnu… pour trouver du nouveau ! disait Baudelaire.

Bertrand Chamayou et l’Orchestre Les Siècles, dirigé par Jakob Lehmann © Caroline Doutre

Vous l’aurez compris, ça remue pas mal dans l’esprit de Liszt et de Wagner, ici tenus dans une complémentarité féconde, dont on ne sait si elle est totalement voulue, ou accentuée par les interprètes. Pour apaiser ce tumulte, Chamayou offre en bis une Berceuse de Liszt : la voûte du ciel et les bouches de la terre se referment dans l’apaisement général. Ouf !

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