COMPTE-RENDU – La météo est formelle. Ce soir, aucune perturbation n’est prévue sur Versailles. Pourtant, au Grand Trianon, des rafales de vent, des orages, des chants d’oiseaux et quelques plaques de verglas se succèdent pendant près d’une heure. Responsable de cette instabilité climatique : Antonio Vivaldi, assisté de l’Orchestre de l’Opéra Royal.
Printemps : vigilance pollen
Les premiers relevés sont rassurants.
Les oiseaux sont bien au rendez-vous. Les arbres semblent avoir retrouvé leurs feuilles, du moins dans l’imagination des auditeurs, tandis que le violon solo fait éclore les premières fleurs avec une aisance désarmante.
Le Péristyle du Grand Trianon offre ici un décor presque trop parfait. Derrière les immenses fenêtres, les jardins de Versailles semblent prolonger naturellement la partition : on regarde le parc comme on écoute Vivaldi.
Été : risque orageux élevé
Les services météorologiques recommandent ensuite une certaine prudence.
Le ciel s’assombrit progressivement. Les cordes installent une tension de plus en plus palpable. Puis l’orage éclate.
Les archets deviennent éclairs. Les basses grondent.
L’Orchestre de l’Opéra Royal fait monter cette tempête avec une remarquable précision, sans jamais sacrifier la lisibilité du discours. Rien n’est démonstratif ; tout est construit.
Même le tonnerre paraît élégant à Versailles.
Automne : circulation fluide
Retour à des conditions plus favorables.
Les vendanges semblent s’être bien déroulées et les danses reprennent leurs droits. Les musiciens retrouvent une légèreté communicative où chaque pupitre dialogue avec naturel.
On oublie presque que cette musique dépasse les trois siècles d’existence. Elle conserve une étonnante capacité à faire sourire.
Hiver : quelques plaques de virtuosité
La baisse des températures est confirmée.
Le violon solo et chef Théotime Langlois de Swarte glisse avec une facilité déconcertante sur les traits les plus virtuoses, tandis que l’orchestre dessine un froid lumineux plutôt que mordant.
Jamais la technique ne prend le pas sur le paysage.
Le gel devient poésie.
Prévisions pour les trois prochains siècles
Les spécialistes s’accordent à dire que Les Quatre Saisons continueront probablement d’être jouées très régulièrement.
On pourrait croire qu’à force de les entendre, elles finiraient par perdre leur pouvoir d’évocation.
C’est tout le contraire qui se produit ici.
Dans le Grand Trianon, Vivaldi retrouve presque son habitat naturel : celui d’un palais construit pour célébrer les jardins, la lumière et le passage du temps.
La météo annonce le retour du Printemps l’année prochaine. Les mélomanes sont invités à ne surtout pas reporter leurs sorties.
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