AccueilA la UneÀ Verbier, une jeunesse qui a du crin

À Verbier, une jeunesse qui a du crin

COMPTE-RENDU – S’il est un point de ralliement de grandes têtes d’affiche de la scène classique, le Verbier Festival, dans les montagnes suisses, sait aussi donner sa chance à la jeunesse. Laquelle ne se prive pas de montrer qu’elle a du cran… et qu’elle sait jouer du crin !    

Il ne craint rien, le public du Verbier Festival, 33ème du nom. L’incontournable Janine Jansen doit-elle déclarer forfait au dernier moment pour raisons de santé, elle qui était la tête d’affiche de l’un des premiers grands concerts de cette nouvelle édition ? Pas de souci : quelques coups de fil et hop, voici qu’arrive une violoniste encore jeune mais à la carrière déjà bien riche, l’Allemande Clara-Jumi Kang, appelée à venir jouer une pièce de maître comme un défi sans cesse renouvelé pour tout violoniste qui s‘y frotte : le Concerto pour violon n°1 de Dmitri Chostakovitch. 

© Nicolas Brodard

Mais avant que cette pièce ne fasse monter l’intensité d’un cran, c’est un autre chef d’œuvre qui vient introduire les réjouissances dans ce concert où la jeunesse est reine. Car ce sont bien les musiciens du Verbier Festival Junior Orchestra qui viennent donner vie à L’Apprenti Sorcier de Paul Dukas. Vie, le terme est le bon. Car on l’imagine bien, là, le petit magicien en herbe, avec ces violons pianissimo, cette clarinette, cette flûte et ce hautbois, qui viennent décrire un environnement paisible dans lequel les choses vont se gâter, bientôt. Arrive alors la trompette avec sourdine, le cor, et le basson bien sûr, qui lance le fameux thème bientôt repris de tous côtés. Une musique qui envoûte assurément, surtout jouée par une jeunesse aussi tranchante dans ces attaques, aussi juste et précise dans la manière de jouer piano autant que fortissimo, et aussi soucieuse de jouer de la musique que de narrer un conte. Des jeunes musiciens qui, notamment chez les cordes aux crins fermes, ont déjà dans la peau l’art du jouer-ensemble. 

C’est pas sorcier !

Et puisque les musiciens avancent ici à tout crin, justement, il n’y a pas de temps-mort, pour basculer sur « Chosta ». Et si la soliste du jour n’a pas la baguette magique du jeune sorcier de Dukas, elle a bien des pouvoirs, avec un violon qui ensorcelle : il y a ce Moderato tout en affliction, avec ce pianissimo de velours, cet archet qui touche à peine la corde, ces notes éplorées et angoissantes qui disent un tourment ; puis l’archet se fait plus virevoltant, et en revient à des couleurs plus contrariées mais si magnifiquement vibrées, avant que tout ne se termine sur un rythme si effréné que l’archet vient à en perdre des crins. 

Mais pas de quoi déstabiliser une artiste qui a du cran, au même titre que cet orchestre qui, jusqu’au bout, reste impeccable d’homogénéité, au sein et entre les pupitres, conduit par la vive et expressive direction du maestro James Gaffigan. En bis, un petit extrait en solo d’une sonate de Bach est un ultime délice apprécié à sa juste saveur par un public saluant chaleureusement ces jeunes artistes ayant crevé l’écran et l’écrin.

À Lire également : Festival de Verbier - montagnes magiques
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