AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseRed Carpet : Shechter électrise Garnier

Red Carpet : Shechter électrise Garnier

DANSE – Shechter frappe fort avec sa dernière création, et électrise l’Opéra Garnier en le plongeant dans une soirée cabaret glamour et déjantée. Il s’agit avant tout de nous faire vivre une expérience viscérale et spirituelle, en nous entraînant dans un tourbillon d’énergie brute. Une claque à ne pas manquer jusqu’au 14 juillet à l’Opéra Garnier. 

Pour la première fois de sa carrière, le chorégraphe israélien Hofesh Shechter conçoit une pièce de A à Z pour les danseurs de l’Opéra de Paris.

Montée

On l’attendait, ce Red Carpet ! Et pourtant, le chorégraphe est bien connu de la prestigieuse institution avec ses précédentes œuvres : Looking Back (2018), Uprising et In your rooms (2022). Cette fois-ci, il surfe sur la vague d’un de ses derniers opus Theater of Dreams découvert l’année dernière au Théâtre de la Ville et nous plonge dans l’univers déjanté et étincelant du cabaret des années 1920. Le titre Red Carpet prend tout son sens alors : il évoque d’abord pour Shechter le glamour et particulièrement celui du Palais Garnier, « un théâtre magnifique avec son velours rouge ». Red Carpet ne suit pas une trame narrative traditionnelle, mais constitue plutôt un lieu où les danseurs libèrent leurs émotions les plus intenses. 

Démarches

Dès l’ouverture du rideau rouge, on bascule dans un monde de faux-semblants captivant, comme projetés dans un film de Fellini ou plus récemment dans la scène d’ouverture de film Babylon : une femme en robe rouge sirène pailletée, d’autres créatures tout aussi divines, des hommes en chemises blanches parfois avec des fixe-chaussettes…  Le tout sous un lustre monumental qui s’élève et s’abaisse, clin d’œil à celui du foyer de la danse visible lors du défilé du gala. Treize danseurs s’agitent comme des fêtards sous substances, parés de vêtements Chanel aussi somptueux qu’excentriques sur une musique techno entraînante. L’atmosphère évoque celle d’un club ultra-select, rappelant par moment le Silencio, où l’on observe une jeunesse désemparée dans l’effervescence nocturne. Puis soudain, survient un moment de méditation inattendu. 

© Julien Benhamou

Tapis d’ombres

La pièce bascule de façon radicale : une danseuse commence à se dévêtir, rejointe par ses partenaires. Finis les costumes clinquants : place aux justaucorps couleur chair qui dénudent les corps sans les révéler. Après l’exubérance de la fête vient le dépouillement le plus absolu. Comme si, la nuit touchant à sa fin, on revenait à l’existence, par l’introspection. Il s’agit, passés les artifices, de se montrer tels que l’on est, dans sa nudité la plus totale et de retrouver une forme d’authenticité. Une musique mêlant des voix d’outre-tombe et un bruit de pluie nous donne l’impression que la troupe a fini par sombrer à force de faire la fête… On serait alors au paradis ? Alors, les danseurs évoluent dans une lumière en clair-obscur qui brouille les frontières entre rêve et réalité, avec des fumigènes qui persistent dans la salle même après la fin du spectacle. Et nous voilà, nous spectateurs, avec la vision troublée et l’état flottant d’un lendemain de soirée. Une catharsis salvatrice ? 

© Julien Benhamou

Les danseurs de l’Opéra excellent dans cette chorégraphie hypnotique proche de la transe. Aucune étoile ne domine cette production : sujets, quadrilles, coryphées et le premier danseur Antoine Kirscher sont au même plan. Pour Shechter « la danse est égalitaire ». Il n’y a pas de premier rôle, le ballet retrouve son « corps », la puissance du groupe l’emportant sur les performances individuelles. Notons néanmoins la performance remarquable de Caroline Osmont, électrisante en robe rouge ainsi qu’Ida Viikinkoski, saisissante en noir. Côté masculin, les talentueux Takeru Coste et Loup Marcault-Derouard dégagent une intensité particulière, notamment quand leurs regards croisent les nôtres. On est dans nos petits souliers…

© Julien Benhamou

Bande originale

La musique – un peu trop forte, merci aux ouvreuses de nous avoir fourni des boules Quies – est portée par un quatuor de musiciens en direct : violoncelle, cuivres, contrebasse et batterie installés sur un podium au fond de la scène. Cette musique aux accents orientaux navigue entre jazz et techno. Comme à son habitude, il s’agit d’une musique originale, car en plus d’être un chorégraphe exceptionnel, Shechter est aussi un excellent compositeur. Il a créé cette partition avec son complice de toujours, le batteur Yaron Engler, se basant sur son ressenti et l’énergie partagée avec les danseurs.

À lire également : Theater of Dreams : cœur à corps

Même si on a vu et revu les pièces de Shechter, on éprouve toujours autant de plaisir à découvrir une de ses créations. On souhaiterait que ça ne s’arrête jamais, car c’est bien ça vie : des instants d’euphorie suivis de passages de souffrance et de grands bouleversements. Et comme le dit lui-même si bien Shechter : « Je pense que la meilleure façon d’entrer dans la danse est de se laisser emporter ». Alors, lâchons prise et vivons pleinement… 

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