Forsythe : un seigneur, des années

FESTIVAL – À 75 ans, William Forsythe semble toujours en forme mais peine à nous surprendre. De retour au Festival Montpellier Danse après une longue absence, le maestro de la danse contemporaine embauche sa bande dans « Friends of Forsythe », manifeste sur l’universalité de la danse, tout en rendant hommage à la mémoire de Jean-Paul Montanari, auguste directeur du Festival. Aux côtés du danseur berlinois d’origine kurde (aux talents de contorsionniste exceptionnels), Rauf « Rubberlegz » Yasit, il mélange ballet, hip-hop et danses folkloriques. Un résultat sympathique, mais sans éclat.  

L’ambition est louable : faire dialoguer des univers chorégraphiques que tout oppose a priori. D’un côté, l’héritage classique de Forsythe, de l’autre la danse urbaine incarnée par Rauf « Rubberlegz » Yasit. Entre les deux, cinq danseurs aux parcours hétéroclites, de différents milieux culturels et de styles de danse, transforment la scène en ring d’expériences corporelles. 

Un ring pour les gouverner tous

Le dispositif sans chichis frappe d’emblée : sol blanc immaculé, gradins de spectateurs tout autour. Un ring en quelque sorte. Un couple d’hommes entremêlés trône au centre – on comprend pourquoi les spectateurs n’entrent qu’à la dernière minute, cette posture impossible défiant l’anatomie humaine. Forsythe dessine ses lignes de forces habituelles, que les interprètes dansent selon leurs propres codes tandis que Yasit se contorsionne dans des postures improbables avec ses partenaires mecs avec une élégance désinvolte. 

Bataille finale

Une scène épurée, pas de costumes tape-à-l’œil, presque pas de musique. Juste des corps en survêtements sombres qui se rencontrent, s’affrontent et se réconcilient. La violence des mouvements transparaît : respiration forte, corps qui claquent au sol, bras qui s’agrippent violemment, croche-pieds, claquement de mains et lumière qui s’éteint. On reconnaît parfois certains mouvements de hip hop – headspin, handspin – mêlés à des postures de yoga et à des rampements organiques et bestiaux.

© Laurent Philippe

Après un duo masculin très physique, place à un couple hétéro avec la magnifique Julia Weiss, biche égarée se déplaçant sur demi-pointes face à son partenaire aux fortes respirations et aux claquements de langue. Elle se couche à un moment devant lui comme un animal apeuré. Puis vient un trio masculin, trois hommes perdus qui déambulent, se palpent et s’essuient mutuellement le front dans une tendresse maladroite. 

Version longue

La pièce creuse les racines communes du mouvement, révélant combien la danse est un langage à la fois primitif et sophistiqué qui transcende les clivages culturels en rassemblant des personnes d’origine (kurde, allemand, américain français) et de milieux différents. Presque sans un mot, presque sans musique, des corps se rencontrent et fusionnent parfois harmonieusement. 

À lire également : Figures in Extinction : dernier remp-Art

Mais l’intention louable ne suffit pas à masquer les longueurs. À trop vouloir mélanger les styles, on ne sait plus à quoi on assiste. L’heure s’étire, les duos peinent à émouvoir. On a connu Forsythe infiniment plus inspiré. Que restera-t-il de cette œuvre ? Pas grand-chose sinon le plaisir qu’a pris le chorégraphe à s’éclater avec ses potes. Présentée au Théâtre Jean-Claude Carrière dans le magnifique Domaine d’O, à trente minutes de tram du centre de Montpellier, la soirée aura déjà permis une petite escapade au vert bienvenue, agrémentée d’une buvette fort sympathique. 

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]