FESTIVAL – Au Temps d’Aimer la danse, l’absence d’une danseuse aura finalement été providentielle pour les néophytes de la danse basque. Privée de sa nouvelle création Txalaparta, la compagnie basque Kukai Dantza nous offre Laginkadak, mosaïque chorégraphique où se côtoient ses plus belles pièces. Un magnifique hommage à la culture basque orchestré par Jon Maya, directeur visionnaire de la compagnie, qui convoque aussi bien des chorégraphes renommés comme Marcos Morau, Cesc Gelabert, Sharon Fridman et Martin Harriague que les variations de danses traditionnelles.
À l’origine de la compagnie Kukai Dantza, il y a une volonté farouche : faire vivre la danse basque dans sa puissance la plus brute. Ces corps qui bondissent, claquent et s’élancent sur la pointe des pieds avec une virtuosité confondante. Le tout en rythme sur une musique traditionnelle qui nous prend aux tripes. Et oui, on la sent cette énergie puissante qui circule entre les danseurs comme un courant électrique : silhouettes masculines en chemises blanches, foulards rouges et bérets, femmes aux jupes longues colorées qui dessinent l’imaginaire d’un peuple fier de ses traditions. Le rythme pulse dans l’air, échange constant entre le corps et la musique, entre geste traditionnel et souffle contemporain. Une touche de modernité insufflée par Jon Maya.

Oskara : palme de l’émotion
Parmi les pépites de ce kaléidoscope, Oskara de Marcos Morau s’impose par sa singularité saisissante et hypnotique. Trois danseurs en blanc – deux hommes et une femme – déploient une technique époustouflante : entrechats et fouettés, accompagnés par la profondeur magnétique des chants basques. La fusion est totale : les corps vibrent à l’unisson, traversés d’une sensualité palpable qui capte le regard. On a l’impression d’assister à une véritable veillée spirituelle dans un hôpital noyé dans le brouillard. Une méditation troublante sur la mort qui nous fait frissonner.
Galaxie basque
Chaque pièce révèle un visage différent de la danse basque. Giza de Harriague interroge l’engagement et le questionnement brûlant autour des défenseurs des droits humains qui résonne avec notre actualité. Gelajauziak de Gelabert revisite les codes traditionnels avec une vision résolument contemporaine. Quant à Erritu de Sharon Fridman, il nous entraîne dans un voyage initiatique à travers des rites de passage individuels et collectifs des différents stades de la vie. Danse de groupe, corps ancrés au sol, prises par la nuque et élans d’une violence parfois incandescente : la danse devient ici un langage rituel, à la fois brut et exalté.
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Avec ce Laginkadak, Kukai Dantza rappelle que la danse basque est bien vivante et universelle. Jon Maya réussit l’impossible : rendre la langue de la danse basque accessible à tous, sans jamais la trahir. Un pari audacieux qui nous rappelle que les danses traditionnelles les plus vivantes sont celles qui savent se réinventer sans perdre leur identité. Pour les néophytes, c’est une découverte fascinante de cette danse organique et collective, qui pulse au rythme d’un peuple.


