FESTIVAL – Martin Harriague inaugure la 35ème édition du festival Le temps d’Aimer la danse, du 5 au 15 septembre, avec son ballet America créé pour le Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Une ouverture qu’il partage avec son mentor Thierry Malandain, qu’il remplacera à la tête du Ballet Malandain Biarritz en 2027. Un ballet percutant où on croise un personnage désormais familier dans le monde du spectacle vivant : Donald Trump.
Oui, vous avez bien lu : Trump est le héros malgré lui d’un ballet pantomime, pour mieux le ridiculiser ! À l’origine, il y a ce milliardaire narcissique, climatosceptique, accro à la célébrité et aux rebondissements façon téléréalité – un rebelle « antisystème », qui, paradoxalement, rassure son électorat en appelant à la violence.
De quoi inspirer les artistes du monde entier… et donner à un chorégraphe comme Harriague une matière explosive. Ça aurait pu être du cinéma, une série Netflix ou du théâtre… mais non : c’est de la danse ! Et franchement il fallait oser, vue la grâce légendaire de Trump, plus proche du lame duck* que du cygne !
Le chorégraphe originaire de Bayonne, Martin Harriague, qui a pour Thierry Malandain quelque chose d’un fils spirituel, signe sa première production en tant que directeur du Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Une pièce survitaminée pour 14 danseurs, où se télescopent danse contemporaine, comédie musicale, pantomime et vidéo, le tout pour mieux désacraliser ce président à la fois inquiétant et risible.

Welcome to MAGA America
Ça commence fort : musique oppressante, drapeau aux bandes horizontales et un groupe qui ressemble plus à une secte qu’à un corps de ballet, avec des mains qui claquent à l’unisson. Puis, au milieu de cette ambiance oppressante, la danseuse Eliza Cloza se détache du groupe, se place au centre, et entame une danse saccadée comme un automate sur le titre Mississippi Goddam de Nina Simone. Un cri de rage contre la ségrégation raciale qui se traduit en un solo incandescent, sous le regard vide des autres danseurs. Ambiance !

Les petits tableaux du grand Donald
Et soudain, le drapeau tombe : un écran géant apparaît et une vidéo déroule l’histoire des USA en accéléré. De la colonisation à l’indépendance, du massacre des Amérindiens à la Grande Dépression… jusqu’à cette fameuse année 2017 qui voit l’arrivée du grand Donald à la Maison Blanche. À partir de là, place à une succession de petites saynètes où Harriague dévoile les moments clés de la vie de président Donald : construction du mur à la frontière mexicaine, attaque du Capitole par ses partisans jusqu’à sa réélection en 2024. Tout cela traité en danse pantomime. Un mandat présidentiel condensé en un tourbillon de gestes chorégraphiés.

Clone danse
Dans un des tableaux les plus saisissants, affublés de masques présidentiels, les danseurs font leur entrée. C’est carrément flippant ! On se croirait dans American Nightmare, sauf qu’ici les interprètes portent tous la mèche blonde. On a devant nous une armée de clones de Trump, de toutes les tailles, inquiétants mais presque drôles, imitant ses mimiques de discours, sa gestuelle répétitive et outrancière et sa posture voûtée. Et puis la vidéo zoome encore et encore sur sa bouche : un trou noir qui crache des slogans.
Découvrez également notre série d'entretiens avec Thierry Malandain en trois parties :
Malandain – Danser pour la vie
Partie 1 : l’enfance de l’art
Partie 2 : Le Temps d’Aimer…
Partie 3 : « je me prépare à arrêter »
Soap opéra en mouvement
Résultat ? Une danse théâtrale et grinçante, qui flingue l’impérialisme américain en pleine chute. Et puis, quand on croit que tout est fini… générique façon Feux de l’amour. On rit, on grimace, on jubile en revoyant ces images de soap, tandis qu’une pluie de faux dollars s’abat sur scène. Harriague nous rappelle ici qu’on ne combat pas un cauchemar en fermant les yeux, mais en le dansant à corps perdu – et en se marrant un bon coup au passage !
*Lame duck en anglais signifie « Canard boiteux ». C’est l’expression utilisée aux États-Unis pour qualifier un président qui n’a pas de majorité au Congrès, et donc pas de marge de manœuvre. Une perspective qui fait toujours rêver les opposants…

