DANSE – Trois corps. Des structures métalliques. Un mythe raccourci à l’os. Après Les Souliers Rouges, Tamara Fernando, Matthew Totaro et Fabrice Aboulker s’emparent de Roméo & Juliette pour réduire la tragédie à l’essentiel avec le slam comme fil narratif et des duos sensuels pour faire naître l’émotion.
Mieux vaut avoir lu ou vu Roméo & Juliette avant d’assister à ce ballet contemporain d’une heure (mais qui ne l’a pas fait ?). L’intrigue est vraiment réduite à l’essentiel : Juliette la rebelle, Roméo l’insolent et frère Laurent, le gentil prêtre métamorphosé ici en Sœur Laurence narratrice-slammeuse du drame. Mercutio, Tybalt, la gentille nourrice, les Montaigu et les Capulet ? Disparus ou presque : leurs têtes surgissent parfois sur des projections vidéo d’un kitsch digne de clips passés dans la moulinette de l’IA. Un artifice dont on se serait volontiers passé.
Claïmax en maîtresse de cérémonie : sans elle, rien ne tient
Sœur Laurence, incarnée par Claïmax (Claïna Clavaron, pensionnaire de la Comédie-Française), ouvre le spectacle en slamant le récit. Magnétique, elle alterne entre sœur bienveillante et pythie inquiétante. Sans elle, on n’y comprendrait absolument rien. Sa voix déploie une amplitude remarquable, même si les paroles se font parfois mielleuses, flirtant avec la variété française. Reste que l’ensemble se laisse écouter avec plaisir. Rappelons que c’est au compositeur Fabrice Aboulker que nous devons Elle a les yeux Revolver. On regrette toutefois l’absence de musiciens sur le plateau.

Des corps en suspension
Deux grandes structures métalliques composent la scénographie : territoires des clans ennemis et terrains de jeu acrobatiques pour les interprètes. Sur ces échafaudages, la chorégraphie, mêlant contemporain et street-jazz, retrace tous les moments-clés du mythe : la rencontre, le balcon, le mariage (où les amants fusionnent sous un voile transparent, troublant écho aux Amants de Magritte) et le suicide. Les corps se délient, s’enlacent avec une fluidité qui traduit l’émotion naissante. Les interprètes, Tamara Fernando, elle-même en Juliette (suite à la blessure de Maeva Lasserre) et Pierre d’Haveloose en Roméo forment un duo à la fois attachant et troublant. Pas de jeunes premiers naïfs : ces amants-là portent déjà les traces de la vie, corps abîmés mais vibrants. Lui, aérien ; elle tellurique. La scène du mariage sous le grand-voile atteint une forme de perfection. Et celle de la mort, où ils vacillent comme des papillons à l’agonie, bouleverse.
À Lire également : Roméo + Juliet = trash-édie

Le spectacle, en une heure à peine, offre un divertissement efficace et accessible à un large public. Quelques ratés parsèment le parcours, certes, mais la brièveté joue en sa faveur : on ressort avec l’impression d’avoir passé une soirée plutôt agréable.


