AccueilA la UneLe Vaisseau fantôme selon Mary(-Eve)

Le Vaisseau fantôme selon Mary(-Eve)

OPÉRA – Embarquez sur Le Vaisseau fantôme de Wagner à l’Opéra de Rouen, mis en scène par Marie-Ève Signeyrole, afin d’en explorer les subtilités :

Marie-Ève

Je m’appelle Mary et je suis gouvernante. Je suis un personnage du Vaisseau fantôme de Wagner. Autant vous dire que mon histoire a déjà été racontée des centaines de fois, avant cette production de Marie-Ève Signeyrole à Rouen. Mais rarement comme cela. Dans sa vision de l’œuvre, le Hollandais est un passeur de migrants : il tire son fabuleux trésor des richesses soutirées aux malheureux exilés, dont la plupart meurent en chemin. La migration est en effet un thème cher à la metteuse en scène, qu’elle a notamment exploré dans Le Monstre du labyrinthe ou Médée.

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Mari-time

L’ouverture est l’occasion de scènes d’action épiques dans lesquelles des générations de « boat-people » montent dans le vaisseau fantôme du Hollandais, affrontant les éléments : l’eau, bien présente sur scène, éclabousse, frigorifie, noie. Certains sont parvenus à accoster : nos ancêtres les ont accueillis. D’autres, moins chanceux, ont vu leur bateau se briser, les forçant à une autre traversée : celle de la vie à la mort. Le Hollandais, lui, survit, comme une métaphore de l’humanité : au-delà des drames, il se trouvera toujours des gens pour exploiter la misère des autres.

© Caroline Doutre
Home, sweet home

Le décor de Fabien Teigné, se transforme en permanence : deux estrades et deux paravents forment tout à tour un esquif qui se brise, la cale d’un paquebot, le port de la scène finale ou la maison de Daland (dont les murs en verre éclairés semblent faire référence aux vitrines des quartiers rouges de Hambourg ou d’ailleurs…). Cette maison, qu’elle soit présentée grandeur nature, fantasmée en vidéo, ou de petite taille comme un objectif éloigné, hante le Hollandais et son équipage de morts-vivants. Ce « chez soi » représente un salut imaginaire, mais la morale de cette vision pessimiste de l’œuvre semble être qu’on ne peut trouver un « chez soi » dans un « ailleurs ».

© Caroline Doutre
Mari-age des timbres

Comme souvent dans ses productions, Marie-Ève Signeyrole travaille sa direction d’acteurs avec la partition (les gestes des chanteurs reprenant les inflexions de la musique) et individualise chaque choriste (chacun raconte une histoire qui lui est propre, créant ainsi une masse vivante).

© Caroline Doutre

C’est l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen qui officie sous la direction de Ben Glassberg. Le velouté des cors et la tendresse des bois accompagne nos amours et nos mélancolies, en contraste avec la violence des appels des trompettes et avec les tempêtes venant des percussions, évoquant la mer déchainée ou nos passions fiévreuses. Les décalages entre les choristes (chœur d’entrée des femmes, chœur final), ou entre la scène et la fosse (dans le duo entre le Hollandais et Daland notamment) sont nombreux, sans empêcher que notre histoire soit transmise avec force et densité mais aussi parfois avec tendresse. Le Chœur accentus et le Chœur de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen, très sollicités par la mise en scène, offrent d’ailleurs eux aussi des pages d’une grande densité expressive (même si la sonorisation de l’équipage fantôme n’offre qu’une qualité très moyenne…).

Voix d’eau

Sans me vanter, je crois d’ailleurs avoir inspiré Héloïse Mas, qui m’interprète d’une voix chaude et projetée, avec un beau dynamisme scénique, qui attire le regard.

Senta, dont je suis la gouvernante, n’est pas en reste. Silja Aalto a la voix aussi ancrée que son esprit est vagabond. Cela lui prodigue une présence dramatique dont elle joue avec simplicité dans son interprétation scénique : elle construit un personnage moderne, tel que je le connais. Car c’est elle qui décide de se donner au Hollandais, avant même de savoir que cela pourrait servir les intérêts de son père. Et elle reste fidèle à ce choix malgré mes conseils et ceux de son père, malgré la colère de son fiancé Erik, et même malgré le Hollandais qui cherche lui-même à l’en dissuader à la fin.

© Caroline Doutre

Son père, Daland, trouve d’ailleurs en Grigory Shkarupa un interprète assez charismatique, avec sa voix immense aux graves gras et larges. Autant dire que quand il me donne un ordre, je m’exécute ! Quant à Erik, et bien que j’aie cherché à le calmer, il n’a pas pu étouffer sa jalousie et a fini par tuer Senta. Sa complexité est bien soulignée par Robert Lewis, qui passe avec facilité d’un phrasé romantique et souple, au tranchant de ses emportements vocaux. Julian Hubbard propose un Pilote escroc et alcoolique, qui se démène sur scène, au point de manquer parfois de souffle pour alimenter la machine de sa voix épaisse et fortement vibrée.

Last but not least, Alexandre Duhamel incarne Le Hollandais en jouant de son œil noir et de sa voix large et rêche pour dépeindre un Voyageur expressif, certes épuisé mais encore animé de l’énergie du désespoir.

© Caroline Doutre
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