AccueilA la UneOum Pa Pa ! Opus 2 : playlist de folie à Avignon

Oum Pa Pa ! Opus 2 : playlist de folie à Avignon

FESTIVAL – L’accordéon n’a visiblement pas reçu le mémo lui expliquant qu’il n’était pas vraiment attendu à l’opéra. Qu’à cela ne tienne : avec Oum Pa Pa ! Opus 2, l’ensemble D’Cybèles l’installe au centre de la scène et lui confie les commandes d’une playlist qui semble avoir été conçue par un style en pleine crise existentielle.

Lecture aléatoire activée

Au Théâtre La Luna dans le cadre du Off d’Avignon, le spectacle démarre sagement avec la célèbre Valse d’Amélie de Yann Tiersen. Mais très vite, le mode « lecture aléatoire » prend le dessus et on ne peut plus rien prévoir. Carmen surgit, Rossini s’incruste par-ci par-là, la Reine de la Nuit caquète version poule, puis voilà La Traviata, María de Buenos Aires, Le Lac des cygnes, Casse-Noisette ou encore O sole mio.

Sur le papier, cette succession ressemble plutôt à l’historique d’un utilisateur hyperactif du scrolling ; sur scène, elle forme pourtant un ensemble étonnamment cohérent et drôle.

Mario Bros face à Carmen

Car le spectacle avance à la vitesse d’un spectateur qui aurait découvert la magie du bouton « suivant » sur les plateformes. Super Mario Bros. suit de près les Looney Tunes, La Panthère rose croise Les dents de la mer, La Petite Sirène et Pirates des Caraïbes. Le tango rencontre Michael Jackson, tandis que le célèbre jingle de la SNCF trouve naturellement sa place dans cette joyeuse pagaille.

À ce stade, plus rien ne surprend vraiment. Enfin presque : un spectateur ponctue chaque fin de morceau d’un enthousiaste « Hey ! » depuis le fond de la salle, comme si le théâtre s’était soudain transformé en rodéo.

On ne met pas ça ! Si si, mets-le !

Et lorsque l’on pense avoir tout vu, les artistes trouvent encore le moyen d’accélérer et de s’affoler un peu plus. Un archet devient fusil puis canne à pêche, une flûte se transforme en rame, l’accordéon en machine à écrire. Les piccolos règlent leurs comptes dans une dispute musicale, tandis qu’un poème est récité en « cétacé » (dans le plus pur style de Dory, du Monde de Nemo). Le spectacle semble obéir à une règle simple : aucune idée n’est à jeter !

Virtuosité mode shuffle

Derrière cette fantaisie permanente se cache cependant un niveau musical solide. Le quatuor féminin réunit Sophie Aupied Vallin (accordéon), Deniz Giulia Ünel (flûte, accordina et chant), Fanny Laignelot (flûte) et Maéva Laignelot (alto). Dans une mise en scène signée Philippe Lafeuille, les musiciennes impressionnent par leur cohésion et leur engagement. Malgré le rythme effréné des changements d’univers, les phrasés restent soignés, les équilibres précis et la virtuosité omniprésente. L’accordéon se montre particulièrement agile, tandis que Deniz Giulia Ünel apporte une touche lyrique bienvenue grâce à une voix lumineuse et délicatement nuancée.

Lorsque résonnent les dernières notes de cette playlist de folie avec la Valse d’Amélie, la boucle est bouclée. Le public, conquis, rappelle les artistes à plusieurs reprises. Comme quoi, l’accordéon avait raison : lui aussi mérite sa place à l’opéra.

À Lire également : baroque (c)hanté au Off d’Avignon
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